Venezuela : Trump déclare la guerre au droit international, les Européens regarderont-ils ailleurs ? Prise de position de l’UEF France
Le samedi 3 janvier 2026, les États-Unis ont bombardé Caracas, la capitale du Venezuela, et capturé son Président, Nicolàs Maduro. Cette attaque survient après plusieurs mois de pression constante de la part des États-Unis avec notamment des bombardements de nombreux navires dans les eaux internationales.
Ce faisant, Donald Trump enfreint clairement la Charte des Nations-Unies qui, dans son article 2 établit que “les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.”
En d’autres temps, les États-Unis avaient tenté d’obtenir, en vain, un mandat de l’ONU pour intervenir en Irak. L’intervention illégale avait alors déclenché des manifestations dans plusieurs pays du monde. Deux décennies plus tard, le changement de régime provoqué par les USA n’a pas permis l’établissement d’une démocratie stable, mais maintient une zone grise, faite de trafics et d’influences multiples.
Aussi détestables que soient Nicolàs Maduro et son régime dictatorial, le coup de force de Donald Trump n’offre aucunement la possibilité aux Vénézuéliens de construire pour leur pays un avenir démocratique durable. A ce titre, la capture du dirigeant vénézuélien, même si sa légitimité s’avère largement contestée, ne représente pas un chemin vers la démocratie mais bien une orgueilleuse saillie américaine contre la souveraineté des peuples. Cette politique de la canonnière, digne des méthodes utilisées au XIXe et au XXe siècle, signifie que les États-Unis de Trump assument d’étendre leur zone d’influence par la violence, par un retour à la dangereuse doctrine Monroe.
Alors qu’il revient au peuple vénézuélien de décider légitimement de son avenir, les États-Unis envisagent de diriger le Venezuela dans l’attente d’une transition conforme à leurs intérêts, en y installant au passage leurs compagnies pétrolières. Cette première mise en pratique de la Nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale confirme le souhait des États-Unis de s’ancrer durablement dans une logique de prédation à l’égard des autres États de sa zone d’influence, au détriment du multilatéralisme et du droit international. Le système international d’affrontement des empires poussé par les autocrates américain, chinois et russe conduira dans le meilleur des cas à l’asservissement et dans le pire des cas à la destruction mutuelle.
Et comme à chaque fois, ce sont les peuples qui paieront par leur liberté et leur vie le prix de la volonté de puissance de quelques-uns.
Pointer les contradictions inhérentes au droit international
Nous sommes désormais face à une situation explosive où plusieurs États membres - et pas des moindres - du Conseil de sécurité de l’ONU, ne respectent pas le droit international sur lequel repose cette même organisation.
Au vu des événements au Vénézuela, quel sort sera réservé par l’administration Trump au Groenland, à Cuba ou bien au Canada ? Une telle attaque ne peut que conforter Poutine dans son invasion illégale de l’Ukraine, qui a commencé il y a bientôt 4 ans, et dans son rapport guerrier à l’Europe ; de même que et Xi Jinping dans ses velléités à l’égard de Taïwan.
Comment est-il possible de maintenir et d’assurer le respect du droit international, quand les États chargés d’arbitrer ne le respectent pas non plus ?
Comme l’explicitait Monique Chemillier-Gendreau lors d’une conférence pour l’UEF France en 2024 [1], le droit international est traversé d’une contradiction ontologique : la Charte des Nations-Unies et le système érigé dans la seconde moitié du 20ème siècle constitue une avancée majeure pour mettre fin à l’anarchie internationale qui régit les relations entre les États, toutefois, la Charte maintient la reconnaissance du principe de souveraineté des États, souveraineté qui n’est pas envisagée comme pouvant être partagée.
Il est temps de réformer le système des Nations Unies qui, à cause de décisions prises par des autocrates de s’affranchir du droit international, ne permet plus de préserver la paix et d’assurer la sécurité des populations. C’est pour cela que nous appelons à confier le pouvoir de police internationale aux Nations-Unies, comme expression de la volonté des peuples à travers des représentants élus démocratiquement. Ceci peut passer par la suppression du Conseil de sécurité dont on voit aujourd’hui l’absurdité et les blocages et par la mise en place d’un Parlement mondial représentant les peuples, à côté de l’Assemblée générale qui représente les États.
Maintenir l’exigence du respect du droit international et condamner sa violation
Les Etats attachés au respect du droit international et aux valeurs qui le sous-tendent doivent condamner fermement ces attaques américaines et mobiliser les ressources onusiennes pour assurer la protection des populations civiles au Vénézuela et leur droit à l’auto-détermination. La faiblesse de la réaction des représentantes de l’Union européenne (Kaja Kallas et Ursula van der Leyen) n’est pas à la hauteur de l’attaque contre les garanties de paix et de sécurité que nous avons contribué à établir à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. L’UE, si elle ne se considère pas comme une vassale, doit désormais condamner fermement l’“opération spéciale” trumpienne. Face aux impérialismes, celle-ci doit mettre urgemment un terme à ses dépendances stratégiques et déclarer son indépendance.
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