Etats-Unis d’Europe selon Gabiel Attal : une Union économique et monétaire aboutie plutôt qu’une véritable Fédération européenne démocratique

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

Le discours sur l’Europe prononcé par le candidat à l’élection présidentielle, Gabriel Attal, à Reims, ce jeudi 27 septembre 2026, devant un parterre d’élus de son parti Renaissance n’a pu que résonner agréablement aux oreilles de tous ceux qui militent pour l’avènement d’une Fédération européenne. La référence explicite au discours de 1849 de Victor Hugo sur les États-Unis d’Europe dans la première phrase de Gabriel Attal de son discours - « Les grands desseins puisent leur force dans la clarté de leur énoncé. Disons les choses simplement : nous devons bâtir les États-Unis d’Europe » - ne peut que donner une première réaction enthousiaste chez les fédéralistes.
Mais, comme trop souvent lorsqu’une personnalité politique française s’empare de ce sujet, un certain désenchantement succède à l’enthousiasme à la lecture attentive des propositions concrètes (le texte de ce discours a été publié par la revue le Grand Continent) et le projet semble moins clair que ce qui était annoncé. Lorsqu’à la fin du texte, il est précisé que : « les compétences régaliennes resteront à la main des États : commandement de nos armées, décision d’engager nos forces, diplomatie, sécurité intérieure, justice, chaque État les conservera », on peut légitimement se demander si Gabriel Attal sait ce qu’est une Fédération qui, par nature, dispose au premier chef de ces compétences régaliennes.
Pire encore lorsqu’il affirme : il faut un véritable fédéralisme économique, technologique et écologique, il semble évident qu’il n’a pas saisi le sens du mot fédéralisme.

Un projet pour finaliser l’intégration économique, plus qu’un projet fédéraliste

Son projet devient plus clair lorsqu’il affirme : « Les États-Unis d’Europe ne sont pas la création d’un pays unique qui effacerait les nations existantes ; c’est une fusion économique et écologique entre un noyau dur de pays européens ». Il n’envisage pas la rédaction d’une constitution fédérale mais l’écriture d’un nouveau « traité de prospérité économique et d’urgence écologique » liant les États volontaires pour participer à ces États-Unis d’Europe et c’est « ce fédéralisme économique qui en sera la première pierre, comme naguère la mise en commun du charbon et de l’acier fut la première pierre de l’union politique, autrement plus ambitieuse, que nous connaissons aujourd’hui ».
Le projet s’inspire donc explicitement de la démarche fonctionnaliste de Jean Monnet. Dans cette optique, il identifie 21 barrières à abattre pour parvenir à cette réalisation. Parmi elles, certaines sont intéressantes car elles peuvent être des points d’appui pour aller vers une véritable fédération. C’est le cas de la création d’un budget commun, d’un trésor capable d’émettre une dette commune pour financer nos investissements d’avenir, de ressources communes.

L’ouverture d’un débat pouvant mener à une Fédération européenne

Implicitement, cette nouvelle entité au sein de l’UE impliquera la création d’une fiscalité dédiée. Or les débats fiscaux au sein d’entités politiques ont, historiquement, toujours conduit au fédéralisme selon le principe : no taxation without representation (pas de taxation sans représentation).
Enfin au plan institutionnel, le projet de Gabriel Attal envisage la consultation par référendum des citoyens des états impliqués dans le projet et l’élection au suffrage universel du dirigeant de ces États-Unis d’Europe, ce qui, de fait, aboutira à la création d’un espace européen de débat politique, où la question d’un véritable saut fédéral pourra être posée.

En conclusion, même si ce projet n’est pas celui des fédéralistes et donc ne suscite chez eux qu’un intérêt modéré, il a le mérite de mettre le mot fédéralisme (même réduit à l’économie, la technologie et l’écologie) dans le débat politique de la campagne présidentielle et donc obliger les autres candidats à prendre position sur le sujet. Ce n’est pas enthousiasmant mais c’est mieux que le silence qui régnait jusqu’à maintenant.

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