Face au vieillissement démographique, un volet social pour le projet fédéraliste ?
Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.
Francesca Tortorella, historienne et membre du Conseil scientifique de l’UEF propose une réflexion sur le volet social de l’Europe. Ce texte fait écho à la tribune publiée dans Le Monde appelant à un social-fédéralisme et signée, entre autres par Dominique Méda, également membre de notre Conseil scientifique.
Le diagnostic d’une Europe démographiquement malade est parfaitement juste : la base active se rétrécit tandis que la dépendance économique — jeunes, retraités, inactifs — augmente. Les systèmes sociaux nationaux en sortent fragilisés et la question surgit de leur soutenabilité. Cependant, c’est précisément sur ce point que les idées fédéralistes peuvent constituer une solution.
Tout d’abord, un véritable fédéralisme européen permettrait de mutualiser les risques démographiques. Aujourd’hui, bien que clairement l’Union européenne soit dans son ensemble un ‘‘très vieux’’ continent, la population et la productivité ne vieillissent pas au même rythme dans tous ses États membres. Une politique budgétaire et sociale coordonnée au niveau européen pourrait compenser ces écarts, comme le fait un État fédéral entre ses régions.
Aussi, l’union des systèmes consentirait d’investir dans la natalité, la formation, l’innovation et l’immigration — leviers essentiels pour maintenir la base productive.
L’objectif étant de rendre le modèle social européen durable et équitable entre les citoyens de l’Union, une Europe fédérale pourrait également établir un socle commun de droits sociaux financé par des ressources propres (taxe carbone, sur les multinationales, récupération de l’argent provenant de l’évasion fiscale, lutte contre le travail au noir, etc.). En effet, l’échelle européenne est celle qui correspond à l’économie réelle contemporaine. Les chaînes de valeur, les entreprises et les capitaux circulent désormais librement, mais les politiques sociales et fiscales restent fragmentées. Cette asymétrie crée à la fois du dumping social et une perte d’efficacité.
Puis, sur le plan de la soutenabilité économique, l’Europe fédérale renforcerait la capacité d’investissement dans la productivité, la santé et les transitions écologiques, qui sont les vrais remèdes à la stagnation démographique : si chaque actif produit plus et mieux, le déséquilibre entre actifs et inactifs devient gérable... et le poids écologique aussi, nous ne pouvons pas penser de revenir à ‘‘produire tout plein de voitures’’ ! Il faut un modèle durable.
Là encore, la coordination européenne accroît les possibilités de réussite. Le fédéralisme ne nie pas les contraintes économiques : il propose d’y répondre ensemble, par solidarité organisée à l’échelle du continent, plutôt que de laisser chaque État lutter seul contre un défi qui est, par nature, commun.
Le volet ‘‘social’’ est, à mon sens, lié au défi fédéraliste, car il n’y aura pas plus d’unité sans plus de solidarité, sauf si l’on veut une minorité européenne (celles et ceux qui ‘‘participent de l’Europe’’) de plus en plus distante de la très large majorité bien plus loin de l’idée même d’Europe. Il y a un besoin de passion européenne et d’enthousiasme pour convaincre, c’est pour cela que le fédéralisme nécessite d’un volet social réaliste et des réponses pour sauver durablement un modèle social qui est unique.
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