Une aspiration fédérale profonde de la population française qui se heurte à l’Etat
Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.
De sondages en sondages, les Français apparaissent, parmi les Européens, comme étant les plus défiants envers la politique. Toute la classe politique est incluse dans cette défiance avec une exception notable, la fonction de maire. Cette défiance ne peut que nous préoccuper et nous interroger sur ses causes.
La relative préservation de la fonction de maire suggère que l’éloignement du citoyen des centres de décision peut être cause de ce rejet massif du politique, ce que confirment différentes enquêtes d’opinion. Se pose alors la question de la responsabilité de l’organisation territoriale française dans ce désamour et quel serait l’impact d’une réforme territoriale majeure inspirée du fédéralisme. Nous devons nous demander à quel point la tradition plus que bicentenaire du jacobinisme centralisateur, lui-même héritier de la monarchie absolue, doit être remise en cause une.
Historiquement, la France est le premier pays européen où la création de l’État a précédé la formation de la nation. La souveraineté absolue du pouvoir étatique y a été théorisée dès le 16ème siècle par Jean Bodin. L’expansion territoriale du royaume s’est faite principalement par des conflits armés tandis que les autres monarchies européennes privilégiaient les alliances matrimoniales. Cette particularité historique a influencé les mentalités et les comportements politiques. L’Etat, en France, est considéré comme le protecteur et le décideur unique avec comme conséquence une irresponsabilité généralisée et un comportement de quémandeur des instances locales qui se retrouvent en concurrence pour bénéficier des largesses du pouvoir central. L’impossibilité de l’Etat à satisfaire toutes les demandes crée un sentiment de frustration et peut , localement et transitoirement, aboutir à des mouvements de révolte. Cette absence de dialogue et de concertation conduit à une culture de la confrontation expliquant la multiplicité des épisodes révolutionnaires dans les trois derniers siècles en France. Ces facteurs négatifs, conséquence de la centralisation, sont aggravés par l’existence d’une caste de hauts fonctionnaires à la fois convaincus qu’ils sont les plus compétents pour comprendre les problématiques locales et pétris de conformisme bureaucratique qui s’opposent à toute initiative locale. Ils contribuent à véhiculer une vision uniforme des territoires et de leur passé, niant toute particularité culturelle.
La réforme territoriale à accomplir peut aller d’une simple amélioration de la décentralisation à une transformation radicale de type fédérale en passant par des stades intermédiaires. L’organisation territoriale française actuelle est le résultat d’une série de lois s’inspirant de l’art 72 de la constitution prévoyant la libre administration des collectivités locales. Il fallut attendre 1982 avec les lois Defferre pour commencer à donner corps à cette liberté. Les lois suivantes ont précisé la nature et le découpage des collectivités locales ainsi que la répartition de leur découpage, mais sans leur procurer d’autonomie fiscale et en les maintenant sous contrôle étroit des services décentralisés de l’État. Le résultat de ces textes successifs est la création de multiples doublons et triplons et la perplexité du citoyen devant ce millefeuille administratif.
La transformation de la France en république fédérale soulève des enjeux majeurs constitutionnels, politiques, sociaux et historiques. Cela supposerait un changement constitutionnel à approuver par référendum, le soutien d’une majorité politique et un changement radical de la conception de l’État parmi les partis politiques. Il est également probable qu’il faudra redécouper les régions sur des bases pas seulement économiques comme aujourd’hui, mais également culturelles et historiques. Ces entités fédérées bénéficieraient de l’autonomie fiscale et de gestion de leur budget dont elles seraient responsables devant leurs électrices et électeurs. Enfin, il faudrait mettre en œuvre un mécanisme de solidarité interrégionale à l’aide d’un système de péréquation. L’ampleur de ces difficultés constitutionnelles, culturelles et politiques ont amené certains comme Grégory Berkovicz (Libérons nos provinces, Ed L’archipel ,2025), soutenu par Jean-Louis Borloo, à préconiser des réformes successives par vagues ne nécessitant que la modification d’articles existants dans la constitution actuelle. La première vague toucherait les départements, territoires d’outre mer et la Corse en leur appliquant les titres XII et XIII de la constitution qui régissent le statut de la nouvelle Calédonie et de la polynésie française (principe d’autonomie, loi organique spécifique, lois locales). La deuxième vague consisterait à appliquer les mêmes dispositions en les adaptant aux régions métropolitaines ayant une forte personnalité culturelle et historique (Bretagne, Alsace, Pays basque, Occitanie ). Enfin, la dernière vague s’appliquerait aux régions restantes. Ceci n’est qu’une piste parmi d’autres pour transformer en profondeur le pays. Ce sont ces pistes que la section française de l’Union des Fédéralistes Européens explore en ce moment.
Quelle que soit la méthode, il est en tous cas clair que la population française aspire à une évolution profonde et radicale de l’organisation et de la répartition des pouvoirs dans leurs territoires. Dans un sondage opinionway paru en février 2026,79 % estiment que les collectivités locales devraient avoir plus de pouvoirs face à l’État et 58% sont favorables à une France fédérale (71% dans un précédent sondage paru en août 2025). Les Français souhaitent clairement des gouvernances locales sur mesure, respectant la diversité culturelle et historique de leurs territoires. Il est temps d’agir et l’UEF France s’implique volontiers dans ce débat.
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