Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

Triste fin d’année pour les europhobes

Au début de l’année 2013, les habituels chantres qui annoncent depuis des années la fin de la monnaie unique au cours des douze prochains mois avaient entonné leur hymne habituelle, si la chute n’avait pas eu lieu en 2012, elle aurait à coup sûr lieu en 2013 et elle serait plus brutale. On va probablement entendre les mêmes litanies dans les premières semaines de l’année nouvelle.

On va nous expliquer que cela va être couplé avec les élections européennes de mai prochain où une majorité pour le retour à l’Europe d’avant 1950 va balayer le Parlement européen.

Comme illustration de la catastrophe annoncée, l’euro atteint fin 2013 son plus haut niveau depuis 2 ans et demi. Bien entendu c’est la faute d’un Allemand, en l’occurrence Jens Weidmann, président de la Bundesbank qui a déclaré que, bien que l’inflation soit faible, il ne fallait pas renoncer à la rigueur.

Pour les germanophobes impénitents, les résultats économiques des pays européens en cette fin d’année ne sont pour rien dans cette évolution ; à ces résultats économiques s’ajoute la mise en place de l’Union bancaire, certes en deçà du projet initial mais le message au monde est clair.

L’Irlande est sortie du plan de rigueur, l’Espagne est officiellement sortie du plan d’aide pour ses banques octroyé au printemps 2012 par la zone euro. Le Mécanisme Européen de Stabilité a déclaré le dernier jour de l’année, avoir fourni 41,3 milliards d’euros et que l’Espagne n’aura pas besoin d’un programme de précaution. Le Portugal et la Grèce vont à nouveau pouvoir se placer sur les marchés au cours de l’année 2014 et la première cotation 2014 montre les écarts les plus faibles avec les taux allemands depuis 2011.

Sur le front de l’emploi, l’Espagne a recensé 147 385 inscrits en moins sur les listes du chômage au cours de l’année 2013, pour l’essentiel en fin d’année avec 107 570 demandeurs d’emploi en moins pour les statistiques publiées en décembre. Bien sûr le taux global reste effrayant.

Le Premier ministre grec qui gère le semestre européen avec une parcimonie spartiate, a annoncé un excédent primaire pour son budget, c’est-à-dire que le pays n’emprunte plus pour payer ses intérêts.

Des hommes nouveaux comme Kyriakos Mitsotakis (interviewé par Jean Quatremer dans son blog Les Coulisses de Bruxelles le 2 janvier) sont arrivés aux commandes et font souffler sur leur pays un vent de modernité sans précédent.

Le graphique ci-dessous illustre mieux qu’un long discours le retour des enfers accompli par la Grèce avec l’aide de l’Europe et du FMI, il montre la différence (le spread) entre le Bund allemand (bon du trésor à 10 ans) et les taux grecs, le retour vers le calme est spectaculaire !

Le « spread » grec à 10 ans (2011-2013)

En matière de commerce extérieur, l’excédent de l’UE28 sur les neuf premiers mois de l’année pour les produits manufacturés est passé de 254,2 milliards en 2012 à 286,6 milliards. Le déficit avec la Chine s’est réduit de 12 milliards.

Concernant le commerce total des États membres, l’Allemagne (+148,3 milliards d’euros en janvier-septembre 2013) a affiché le plus fort excédent, suivie des Pays-Bas (+40,5 milliards), de l’Irlande (+28,5 milliards), de l’Italie (+19,6 milliards), de la Belgique (+11,6 milliards) et de la République tchèque (+10,6 milliards). La France (-57,5 milliards) a accusé le plus fort déficit, suivie du Royaume-
Uni (-55,1 milliards), de la Grèce (-14,5 milliards) et de l’Espagne (-11,6 milliards).

Concernant l’Espagne, la balance des transactions courantes (marchandises + services) est devenue excédentaire. Quant à l’Italie, pays en crise sérieuse, l’excédent de 19,6 milliards résulte de l’impact de l’énergie qui mange une large partie des 60 milliards d’excédents réalisés au cours des trois premiers trimestres.

Il est donc incontestable que la situation de l’UE28 et de la Zone euro est en forte amélioration et que la monnaie commune en bénéficie. Par voie de conséquence, la demande solitaire et permanente de la France en faveur d’une dévaluation de l’euro restera inaudible. On observera que le Royaume Uni, en reprise vigoureuse, après des plans de rigueur draconiens, représente le deuxième déficit de l’UE28 tout en étant hors zone euro et exportateur de pétrole.

Tout cela ne signifie pas que la crise soit définitivement derrière nous. Il ne faut pas ignorer les conditions désespérantes dans lesquelles doivent vivre de nombreux Européens, le sentiment de génération sacrifiée qui accable une large partie de la jeunesse, l’augmentation du risque de pauvreté, la misère que traversent des familles. Dans ce domaine-là il faut apporter une réponse forte et immédiate. Ce qui est certain par contre, c’est que nous allons pouvoir sortir d’une stratégie court-termiste et prendre à bras-le-corps le dossier de l’emploi et de la réindustrialisation de l’Europe, tout au moins au niveau de la zone euro passée à dix-huit membres depuis le 1er janvier.

Les élections du mois de mai doivent nous fournir l’occasion d’exiger des eurodéputés qui vont siéger dans un Parlement aux pouvoirs accrus, un activisme nouveau avec la Commission et le Conseil, sans oublier les Parlements nationaux. On laissera de côté ceux pour lesquels l’avenir ne peut consister qu’à reconstruire un passé imaginaire, dans un repli frileux sur les frontières de 1914.

Pr. Jacques Fayette

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