Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

Suspendre l’accréditation de M. Malloch

, par Jean-Guy Giraud

La procédure pour l’accréditation du nouvel ambassadeur-désigné des États-Unis auprès de l’Union européenne - M. Ted Malloch - pose un sérieux problème aux Institutions européennes.

Au delà du caractère fort peu diplomatique - voire carrément désobligeant - des remarques publiques faites par M. Malloch sur l’UE et ses dirigeants, sa déclaration sur l’Euro parait en effet inacceptable (voir les liens ci-dessous).

Dans un domaine aussi sensible et névralgique que celui de la valeur et de la solidité d’une devise sur laquelle repose une très large partie de l’économie européenne, les remarques intempestives de M. Malloch constituent une atteinte grave au crédit international de l’Euro, susceptible de provoquer de sérieuses perturbations sur les marchés monétaires et commerciaux.

Déclarer que l’Euro est « a currency in demise » qui « could collapse in one year time » et qu’il faut donc « sell short » - constitue une attaque frontale contre la devise Euro, inacceptable de la part d’un représentant officiel d’un État.

Dans ces conditions, on voit mal comment les autorités européennes pourraient procéder à l’accréditation de M. Malloch tant que celui-ci ne reviendra pas sur ces déclarations.

Il appartient donc en premier lieu à la Commission - gardienne de l’intérêt général de l’UE - de suspendre la procédure d’accréditation et d’inviter le Conseil à faire de même (voir ci-dessous le déroulement de cette procédure).

Plus généralement, l’attitude négative - voire hostile - de la nouvelle administration (ou, du moins, du nouveau Président) vis à vis de l’UE appelle une réaction forte et rapide de la part des Institutions. Une absence de réaction ne pourrait d’ailleurs qu’encourager les nouvelles autorités américaines à persévérer dans ce qu’il faut bien qualifier d’offensive diplomatique, ouvrant la porte à des mesures financières et commerciales menaçant les intérêts économiques de l’UE.

Sans vouloir dramatiser à l’excès les premières déclarations publiques de l’administration Trump - en ligne avec celles du candidat lors de la campagne électorale - ces propos de l’ambassadeur-désigné sur l’Euro franchissent la ligne rouge. S’ils n’étaient pas relevés et condamnés par l’UE, cela serait interprété à Washington comme un signe de faiblesse et une confirmation de la thèse selon laquelle « There will be no EU in two years time ».

Jean-Guy Giraud 29 - 01 - 2017

Corrigendum : le Service d’action extérieure nous informe que les autorités américaines compétentes n’ont pas encore procédé à la désignation formelle de M. Ted Malloch - contrairement à ce que la presse avait annoncé prématurément. Il sera donc d’autant plus intéressant de voir si celles-ci confirment cette désignation en dépit des annonces publiques de l’intéressé et de l’émoi qu’elles ont à juste titre provoqué. JGG

I.DEMANDE D’AGREMENT POUR LA DESIGNATION D’UN CHEF DE MISSION

  1. La demande d’agrément pour la désignation d’un Chef de Mission diplomatique est introduite par une note verbale adressée au Service du Protocole de la Commission européenne. Cette note est accompagnée, sur papier sans en-tête, du curriculum vitae du candidat.
  2. Cette demande d’agrément est transmise par le Ministère des Affaires étrangères de l’état accréditant, directement ou par l’intermédiaire de la Mission accréditée auprès de l’Union européenne.
  3. La procédure d’agrément qui implique la Commission européenne, le Conseil de l’Union européenne, le Service européen pour l’action extérieure et les autorités des Etats Membres de l’Union européenne dure généralement 8 semaines.
  4. Lorsque l’Union européenne a donné son agrément, le Service du Protocole de la Commission européenne en avise, par note verbale, la Mission intéressée, ou, par son intermédiaire, le Ministère des Affaires étrangères de l’état accréditant.
  5. Après la notification officielle de l’agrément, le Gouvernement de l’Etat accréditant peut rendre publique la nomination de son Chef de Mission.

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