Sommet de Sofia : une clarification nécessaire

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Jean-Guy Giraud

Sommet de Sofia : une clarification nécessaire

Le 17 mai 2018 avait lieu à Sofia - à l’initiative de la présidence bulgare du Conseil - un sommet européen dont le but était d’“insuffler une nouvelle dynamique aux relations entre l’UE et les Balkans occidentaux”.

Comme prévu, la "déclaration de Sofia” (suite au somment UE/Balkans du 17 Mai 2018) a “réaffirmé sans équivoque le soutien de l’UE à la perspective européenne des Balkans occidentaux” [1].

Suite à l’opposition de la France (et sans doute d’autres États membres) et contrairement au souhait de la Commission soutenue par la présidence bulgare, il n’est toutefois pas fait mention du processus - ni de la perspective - d’adhésion.

Le respect de certains principes de base

Plus utilement, la déclaration note “l’attachement des Balkans occidentaux à la primauté de la démocratie et de l’État de droit", en particulier pour :

  • la lutte contre la corruption et la criminalité organisée,
  • la bonne gouvernance,
  • le respect des droits de l’homme,
  • les droits des minorités.

Un ambitieux programme d’actions ...

Surtout, la déclaration est accompagnée d’un “Programme d’actions prioritaires” (près de 40 au total !) particulièrement étoffé et ambitieux, couvrant une grande variété de secteurs tels que le soutien à l’État de droit (bis !), le terrorisme, les migrations, le développement économique, la “connectivité”, la réconciliation et le bon voisinage … Une sorte de "plan Marshall " pour les Balkans !

…handicapé par des règles de conditionnalité

Le gros handicap de l’UE dans son assistance au développement économique des Balkans réside dans la conditionnalité attachée à cette aide - cad au respect de certaines règles relatives à la régularité des opérations, à la protection de l’environnement, au progrès social, etc … Respect dont la Commission est garante devant les instances communautaires (Parlement, Cour des comptes, etc …).

Dans un ensemble aussi complexe, hétérogène et instable que les Balkans, cette (légitime) conditionnalité constitue un frein à la mise en oeuvre effective des programmes d’aide européens.

Autant de contraintes qui ne sont pas attachées à l’aide en provenance de pays tiers et notamment des grands “concurrents” stratégiques de l’UE dans la région : Turquie, Russie ou Chine.

Un sommet utile et réaliste

Au total, ce “Sommet UE/Balkans” peut s’avérer utile dans la mesure où :

  • il confirme la permanence des liens qui unissent les Balkans à l’UE : leur perspective européenne y est même qualifiée, un peu emphatiquement, de “choix stratégique définitif”,
  • il confirme aussi que cette perspective est liée à un programme précis de réformes, matérialisé par une liste d’actions prioritaires dont la réalisation sera sans doute attentivement suivie (et assistée) par l’UE,
  • il ne préjuge pas de l’issue finale et encore moins du calendrier du processus de “perspective européenne”.

Une vision plus claire

Ce sommet reflète sans doute aussi le sentiment (à présent majoritaire au sein de l’UE) selon lequel :

  • l’expérience (douloureuse) montre que, paradoxalement, il est plus facile d’influencer des réformes de l’extérieur (sur des États candidats) que de l’intérieur (sur des États membres),
  • dans son état actuel, l’UE n’est tout simplement pas en mesure de poursuivre un élargissement : des réformes et renforcements internes (nécessitant notamment une révision des Traités) sont des préalables incontournables,
  • l’impératif géo-stratégique de l’ancrage des Balkans dans la sphère de solidarité européenne peut, en attendant, être poursuivi par d’autres moyens (y compris institutionnels) qui mériteraient d’être plus attentivement et créativement explorés.

Rendez vous à Zagreb en 2020

La prochaine étape du processus de “perspective européenne ” des Balkans prendra la forme d’un nouveau sommet au cours de la présidence de la Croatie en 2020. Il faut souhaiter que l’approche prudente et réaliste décidée à Sofia puisse développer d’ici là tous ses effets.

Jean- Guy Giraud 22 - 05 - 2018

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