Mario Soares, la démocratie et l’Europe

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Pier-Virgilio Dastoli

Mario Soares a marqué, à travers toute sa vie de combattant et la cohérence de son histoire politique, plus de cinquante ans de la société portugaise, de l’Europe et de la scène internationale.

Il a choisi avec détermination la voie de la social-démocratie pour construire la démocratie et fut parfois combattu au sein de son propre parti.

Il a conduit avec fermeté le Portugal dans la Communauté européenne d’abord, puis dans l’Union européenne, conscient de la difficulté qu’il allait rencontrer mais convaincu de la valeur ajoutée de l’intégration européenne par rapport à l’illusoire voie nationale.

Il a mené sa bataille de leader politique de gouvernement dans la seconde moitié des années 70 et la première moitié des années 80 en dirigeant son pays comme Président de la République de 1986 à 1996 et en appartenant à cette génération de pères et de mères de la démocratie qui ont uni la pensée à l’action pour construire une Europe libre, solidaire et juste.

Après la présidence de la République, il a accepté un double engagement européen de Président du Mouvement européen international, succédant à Valéry Giscard d’Estaing en 1997, et de simple député européen en 1999, sans oublier l’action culturelle de la fondation qui porte son nom.

Je connus Mario Soares au moment le plus intense de la Révolution des œillets quand, jeune socialiste, j’allai respirer l’air de liberté et de démocratie à Lisbonne en mai 1974. Soares était Ministre des affaires étrangères dans la phase tumultueuse du passage de la Junte de sauvegarde nationale au Gouvernement provisoire civil qui ouvrit la voie à la constitution républicaine.

J’ai travaillé avec lui comme Secrétaire général du Mouvement européen international jusqu’à ce que le Bureau du MEI m’envoie en mission à Lisbonne au printemps 1987, pour lui demander d’accepter la présidence triennale du Mouvement. Avec Mario Soares et un groupe informel d’universitaires, de diplomates, de jeunes fédéralistes et de militants de la société civile, nous avons élaboré le contenu politique du Congrès de La Haye de mai 1998 qui mobilisa 3500 citoyennes et citoyens pour le soutien de la cause d’une constitution démocratique pour l’Europe.

Nous avons partagé, après la fin de sa présidence (1999), un sentiment identique sur le thème des droits avec le travail du Forum permanent de la société civile, des biens communs et de la paix. Dans l’Europe sans constitution, divisée entre pays soumis à l’hégémonie américaine de George Bush qui se préparaient à la guerre insensée contre Saddam Hussein et les pays de la « vieille Europe » -comme les pays non soumis furent qualifiés avec mépris par le Secrétaire d’Etat des USA- opposés au principe de la « guerre préventive », le déclenchement du désaccord toucha inévitablement aussi le Mouvement européen en mettant en minorité Mario Soares, Romano Prodi, Jacques Delors et le rédacteur de ce texte sur une résolution qui exprimait la solidarité avec la coalition militaire occidentale. Il va sans dire que nous faisions partie de la « vieille Europe ».

J’ai rencontré Mario Soares pour la dernière fois le 13 juillet 2015, déjà bien éprouvé par la mort subite de son épouse. Son dernier message de septembre 2016 consista à souscrire à la déclaration promu par le CIME et des mouvements européens de la Méditerranée, avant Bratislava, déclaration contestée d’une manière surprenante par le Mouvement européen portugais opposé –ils l’ont écrit- à plus d’Europe. Nul n’est prophète en son pays !

Sit tibi terra levis (que la terre te soit légère)

P.-S.

Un article de Pier Virgilio Dastoli, Président du Mouvement européen italien Traduit de l’italien par Jean-luc Prevel (Lyon).

Photo : Mário Soares, le 24 janvier 1975 - via Wikimedia Commons - Licence Creative Commons.

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