Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

Incorrigibles… En trois semaines, le Conseil Européen a encore sévi…

, par Dominique Thaury

Il y a une vingtaine de jours, Mr Van Rompuy, président du Conseil Européen, a cru malin de déclarer que : « Les citoyens comprennent très clairement la différence entre le Parlement européen et ceux qui prennent les vraies décisions » et que, par conséquent, le Conseil Européen n’en ferait qu’à sa guise quant au choix du Président de la Commission.

En faisant cela, il allait non seulement contre une résolution du Parlement européen de juillet 2013, mais aussi, semble-t-il, contre l’avis d’un certain nombre de chefs d’État. En revanche, il est clair qu’il restait dans le droit fil de l’article 17 §7 du T.U.E. qui stipule bien que le Conseil choisi le Président de la Commission en fonction des tendances exprimées par le vote aux élections.

Logiquement, MM Juncker et Schutz se sont élevés violemment contre cette vision qui ne peut que démobiliser les électeurs (à quoi sert notre vote ?) mais aussi, décrédibiliser les institutions européennes (qui agit en Europe ? et qui est démocratiquement contrôlé ?).

Monsieur Van Rompuy aurait mieux fait de se taire, sans aucun doute, mais, il sait que ce ne sera pas Barroso qui le fera taire, depuis le temps où ce dernier se « couche » devant le Conseil.

Cette tendance à ce que le Conseil Européen fasse ce qu’il veut est encore mise en avant par la rencontre Merkel/Hollande du 9 et 10 mai dans le fief de la Chancelière.
Rappelons que, dans la tribune du Monde du 9 mai, le président Hollande déclare : Le 25 mai prochain, chacun sera appelé à se prononcer sur la voie à suivre. Le résultat de ce scrutin déterminera la direction que l’Europe prendra pour les cinq prochaines années, et les responsables qui l’incarneront. Pour la première fois, les électeurs, par leur vote, désigneront le futur président de la Commission européenne. Combien le savent aujourd’hui ?

On se demande vraiment quel est l’intérêt de le savoir !

En effet, les deux chefs d’Etat, le jour même où parait ce texte, discutent, comme nous informe le même journal, de l’après-25 mai et de l’architecture de la future composition de la Commission ! De qui se moque-t-on ?

Décidément, ces chefs d’Etat veulent-ils saboter le vote populaire… ?

Deux autres faits, ces jours derniers, montrent encore l’attitude négative des membres du Conseil par rapport à la Commission et au Parlement Européen.

MM Fabius et Steinmeier se sont rendus, certainement avec l’aval de leur Chancelière et de leur Président, en Moldavie et en Géorgie le 23 avril, pour réitérer le soutien de l’UE à ces deux pays, suite aux accords de Vilnius de novembre 2013. N’est-ce pas un bon moyen pour agiter le chiffon rouge devant Poutine alors que quelques jours auparavant, Mme Ashton avait participé, en tant que représentante de l’UE, aux travaux de la conférence de Genève ?

Dans le même registre, Mme Merkel est allée à Washington, il y a quelques jours, pour parler avec M. Obama de l’Ukraine, alors que Mme Ashton, vice-présidente de la Commission, s’évertue à faire avancer des solutions. À notre connaissance, aucun membre du SEAE ne faisait partie de ce voyage.

Bref, tous ces faits montrent bien avec quel mépris le Conseil Européen considère la Commission et le Parlement Européen.

Pour quelles raisons n’est-ce pas Mme Ashton qui irai parler de l’évolution des rapports européo-russes avec M. Obama ? Pour quelles raisons M. Van Rompuy et le Conseil européen se moqueraient-ils des souhaits des électeurs ?

Les 10 ans de Commission Barroso auront portés des coups très durs aux institutions européennes en laissant le Conseil Européen prendre toutes les décisions importantes, en n’apportant aucune vision générale pour enthousiasmer les citoyens, bref, en étant d’une lâcheté insigne et indigne face aux chefs d’État.

Les candidats à la présidence de la Commission sont arrivés, pour leur quasi-totalité, à la conclusion que, seules, des institutions fédérales, sont la solution pour faire avancer l’Europe. C’est un projet qui peut être très motivant pour les peuples, s’il est bien expliqué, mais, qui est débilitant pour les membres du Conseil Européen car, ils y perdront, à coup sûr, les belles plumes de leurs chapeaux !

Nous aurons, espérons-le, un Président de la Commission qui correspondra aux vœux des citoyens européens et, nous, les associations qui défendons le principe fédéral en Europe, nous devrons le soutenir, ainsi que le Parlement européen, tout au long de leur mandature, car, ils auront fort à faire pour reprendre le pouvoir face à ces chefs d’État qui n’en font qu’à leur tête, sans contrôle démocratique… bref, des incorrigibles qui pensent être seuls à connaitre la vérité…

Dominique Thaury
UEF Ile-de-France

P.-S.

Photo : Herman Van Rmpuy via Wikimedia

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