Que s’ouvrent les Conventions démocratiques ! Un billet de Jean-Guy Giraud, ancien président de l’UEF-France

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Jean-Guy Giraud

Que s'ouvrent les Conventions démocratiques !

Parmi les propositions du candidat Macron figurait celle d’organiser des « CONVENTIONS DÉMOCRATIQUES ».

Le président Macron a confirmé ce projet à plusieurs reprises, notamment lors de son discours d’Ahènes du 7 septembre 2017 [1]. Il semble que son entourage ait commencé à réfléchir concrètement sur ses modalités - au moins sur celles relative à la Convention qui devrait se dérouler en France « pendant le premier semestre 2018 ».

Cette initiative parait, à première vue, opportune dans la mesure où cette Convention :

  • permettrait de profiter, sans tarder, de l’élan pro-européen amorcé par l’élection du Président - élan susceptible d’entrainer une majorité d’autres États membres et d’être notamment relayée par les principaux d’entre eux,
  • constituerait une sorte d’introduction et de préparation constructives de l’opinion aux élections européennes de Mai 2019, le débat pré-électoral devant démarrer dès l’automne 2018,
  • donnerait le moyen de construire un argumentaire pro-européen, utile en prévision de l’offensive probable des courants euro-sceptiques mobilisés par les partis extrêmistes de gauche comme de droite,
  • représenterait une sorte de contre- poids, de réaction positive au processus du Brexit qui battra son plein en 2018 et risque de déstabiliser l’opinion,
  • serait une forme d’accompagnement, de préparation de l’opinion aux propositions concrètes de renforcement de l’UE qui devraient être formalisées par la Commission et le PE début 2018 - le cas échéant sous l’impulsion d’une majorité de membres du Conseil européen.

Le montage de ces Conventions devrait toutefois tenir compte des leçons du passé :

  • les précédentes initiatives du même type (notamment lors des débats de 2004/5 sur le projet de Constitution) n’ont pas vraiment atteint leurs objectifs
  • le taux de participation populaire est resté faible,
  • les débats ont été souvent monopolisés par les courants eurosceptiques, mieux préparés et plus actifs,
  • les courants pro-européens, peu présents et non-coordonnés, ont été dès le départ mis dans une position défensive peu mobilisarice,
  • l’ensemble manquait manifestement de souffle, d’ampleur et de perspective - ainsi que de projets concrets sur le court et moyen termes, susceptibles de matérialiser les enjeux et d’entrainer l’adhésion,
  • le processus est resté trop centralisé (up/bottom) : ni les instances régionales ni les milieux associatifs n’ont été suffisamment sollicités et participatifs.

Ces enseignements devraient au moins permettre aux organisateurs de la Convention d’éviter quelques écueuils. Mais elles devraient surtout les inciter à « inventer » de nouvelles modalités de débats - notamment appuyées sur les techniques les plus modernes de communication.

Quelques suggestions viennent à l’esprit :

  • « la » Convention (parisienne ?) pourrait être précédée de galops d’essai dans quelques grandes villes de province où des thèmes concrets d’intérêt régional seraient privilégiés (par exemple, à Toulouse : l’« Europe de l’espace » - à Marseille : l’« Europe de la Méditerranée » - à Rennes : l’« Europe écologique » - etc.),
  • les thèmes horizontaux d’intérêt national (démocratie, sécurité, emploi, protection sociale, mobilité, éducation...) seraient surtout traités par la Convention nationale - sur base d’exemples et de propositions bien définis,
  • à ces deux niveaux, il s’agirait donc de centrer plus les débats sur des « projets » concrets et prospectifs que sur des « problèmes » de nature abstraite ou trop globale,
  • les milieux associatifs (nationaux et régionaux) [2] devraient - plus que les mouvements politiques - « donner le ton » des débats afin d’éviter de stériles et antagoniques polémiques de nature idéologique,
  • les leaders « naturels » d’opinion - cad les responsables de la vie économique, sociale, administrative, culturelle... - devraient être encouragés à prendre une part active aux débats, notamment en province.

On attend donc avec intérêt les propositions précises du Président. Certains crieront sans doute au « casse-cou ». D’autres se montreront dubitatifs sur la nature même de l’exercice. Les évènements - par nature imprévisibles - des prochains mois remettront peut-être en cause son opportunité ou sa faisabilité … Quoiqu’il en soit, l’intention est louable : souhaitons lui tout le succès possible.

Jean-Guy Giraud 09 - 09 - 2017

Lire le discours d’Emmanuel Macron Grèce le 7 septembre 2017

P.-S.

Photo PROFred Bigio (Creative Commons)

Notes

[1« Choisissons une autre voie, une troisième, la voie inventée ici, la voie inventée à l’endroit même où nous nous trouvons, qui n’était pas celle de la démagogie : c’était celle de la démocratie, de la controverse, du débat de la construction par l’esprit critique et le dialogue, celle qui consiste en rentrant dans l’intimité de chacune des questions et de leur complexité, à savoir ce que nous voulons pour la cité commune. C’est cela ce que je veux durant le premier semestre de l’année 2018 dans tous les pays de notre continent, de notre Europe, retrouver le sel de ce qui a été inventé à l’endroit où nous nous trouvons, ce qui a fait nos démocraties. Alors oui par ces conventions démocratiques durant six mois, débattons de cette feuille de route que les gouvernements auront construite dans ses principes et retrouvons-nous six mois plus tard pour en faire la synthèse et sur cette base, débattue, partagée par des débats sur le terrain, par des débats numériques partout en Europe, construisons ce qui sera le fondement d’une réinvention de notre Europe pour les dix ans, les quinze ans, qui viennent, construisons les termes de ce que nous voulons vraiment ensemble. C’est est cette ambition que je veux en méthode pour les mois qui viennent ! »

[2On pense notamment au réseau des « Euro-citoyens » qui regroupe quelques 70 associations liées au projet européen - et qui pourrait être mobilisé par le Mouvement Européen France (MEF)

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