Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

Brexit : YES !

, par François Mennerat

Deux jours de psychodrame. Pas pour rien comme certains essaient de nous le faire accroire.

Certes, ce que les échos qui nous parviennent nous confirment, nous le savions déjà. Mais le Premier ministre de sa très gracieuse Majesté nous a bombardés, ces derniers jours de formules dont l’agressivité atteint d’inimaginables sommets.

Exemple : « Mais laissez-moi vous dire ce à quoi je crois. Je n’aime pas Bruxelles. J’aime la Grande-Bretagne. Et mon travail, celui d’un Premier ministre britannique, c’est de faire tout ce qui en mon pouvoir pour protéger les intérêts de la Grande-Bretagne. C’est pourquoi, quand il s’agit d’Europe, le mien est d’évaluer rigoureusement ce qui constitue notre intérêt national. » C’est dit ! Foin du bien commun européen, foin du destin commun des peuples européens. Même si l’on veut bien croire que le « Rt Hon David Cameron MP » cherche à donner le change à la partie la plus europhobe de son électorat, il est manifeste, une fois de plus, que les Britanniques n’aiment pas le projet européen et qu’ils n’en veulent pas. La Grande-Bretagne est une île et entend le rester. Dont acte, une fois de plus. Mais qu’étaient-ils donc bien venus faire dans notre galère ? Ils veulent sauter par-dessus bord ? Dans ces conditions, maintenant gravées dans le marbre, il ne faut surtout pas les retenir.

Les Britanniques étaient membres de l’Association européenne de libre échange (AELE), que n’y sont-ils restés ? Cela nous aurait épargné 43 ans d’atermoiements, de dérives, de déviations et d’entraves à la marche du projet européen, NOTRE projet.

C’est pourtant triste, très triste. Car ces peuples qui habitent les îles britanniques ont contribué de manière déterminante à forger la civilisation européenne. Ils ont compté et comptent encore de Grandes Femmes et de Grands Hommes dans tous les domaines des arts et des sciences. Notre pensée européenne, notre savoir-faire et notre savoir-vivre européens ne seraient pas ce qu’ils sont sans eux.

Mais s’ils ne nous aiment pas, qu’y pouvons-nous ? Rien. Et ce n’est certainement pas la faiblesse de nos réactions à leur chantage qui les convaincront de changer d’avis.

Alors aujourd’hui, qu’ils votent « rester » ou « partir », cela ne changera plus rien. De facto, quelle que soit leur vote, ils sont partis. Les propos de David Cameron sitôt la conclusion du Conseil européen ne laissent plus aucun doute à ce sujet. Leur état d’esprit étant ce qu’il est, autant nous libérer d’un boulet. Pourvu donc qu’ils décident tous seuls de partir, sinon nous allons continuer de souffrir, peut-être même plus qu’avant, pendant des années et des années. Cela aura le mérite d’être clair. À bon entendeur salut ! En 1973, nous espérions secrètement, nonobstant les lucides avertissements dont nous avait gratifiés Winston Churchill, qu’ils changeraient d’avis et qu’ils finiraient par prendre goût à notre aimable compagnie : il n’en est rien. Ils veulent bien nous utiliser (Business, business !), ils ne veulent décidément pas tenir compte des intérêts de l’ensemble des (autres) peuples européens.

Reste que nous en avons assez d’être dédaignés et même peut-être méprisés par Albion. Elle a encore au moins autant de leçons à recevoir de nous que nous en avons à recevoir d’elle.

On est en droit de se demander si nous partageons bien les mêmes valeurs. Déjà le protocole n°30 annexé au Traité de Lisbonne exclut l’application de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne au Royaume-Uni (sans parler de la Pologne et de la République Tchèque) « pour ne pas effaroucher la City » ! Mais David Cameron fait, en outre, de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH, créée en 1951, chargée de faire respecter la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales) un symbole de la perte de souveraineté britannique : « Nous n’avons pas besoin de recevoir d’instructions de juges à Strasbourg ! » a-t-il dit. Et de promettre le vote d’une « British bill of rights », afin que les décisions de la cour de Strasbourg ne s’imposent plus aux juridictions britanniques. Opt out, opt out ! Dehors !

Le plus étonnant, dans toute cette affaire est que l’on cherche à nous culpabiliser de laisser les Britanniques quitter l’UE. Mais ce n’est pas notre referendum, c’est le leur ! Nous n’avions rien demandé !

C’est vrai, du reste, on ne nous demande même pas notre avis. Nous Français, en 1973, nous avions pourtant voté pour savoir si nous acceptions de les voir intégrer notre Europe renaissante. Et nous avions dit oui. Voilà maintenant qu’ils nous tournent le dos avec mépris. Ne devrait-on pas nous demander notre avis à nous aussi ? Ne nous prend-on pas pour des « carpets » ?

Nos très chers amis britanniques, tout particulièrement ceux qui partagent avec ferveur les mêmes convictions que nous, nos amis de Federal Union qui, depuis 1938, ont été parmi les pionniers du fédéralisme européen, Nous sommes profondément meurtris pour vous. Entraînés dans cette tourmente, qu’allez-vous faire ? Qu’allez-vous devenir ?

Pardonnez-nous. En l’état, comment avoir la force de faire campagne à vos côtés pour un vote « rester » le 23 juin prochain. À quoi bon désormais ? Partir ou rester, quelle différence ?

François Mennerat
20 février 2016

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :