Albertini, la leçon de fédéralisme plus que jamais à l’ordre du jour Interview de Giulia Rossolillo dans la Provincia Pavese (quotidien paraissant à Pavie) du 15 novembre 2017

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

Albertini, la leçon de fédéralisme plus que jamais à l'ordre du jour

Vingt ans après la mort de Mario Albertini, l’Université de Pavie consacre une matinée de réflexion à son oeuvre et lui rend hommage.

Professeur à notre université de Pavie, fondateur de la revue « Il Federalista », Mario Albertini (1919-1997) fut un des dirigeants du Mouvement Fédéraliste Européen, fondé par Spinelli lui-même en 1943. Il en fut le secrétaire général de 1966 à 1970 et le président de 1970 à 1995. Il fit également partie des instances dirigeantes de l’Union des Fédéralistes Européens et la présida de 1975 à 1984.

Parmi les intervenants : Giorgio Anselmi, Président de l’Institut Spinelli, Sergio Pistone de l’Université de Turin, Francesco Battegazzore, Luisa Trumellini, Giovanni Vigo de Pavie, Sergio Fabbrini de l’Université Luiss Guido Carli de Rome.

La professeure Giulia Rossolillo, directrice de la rédaction de « Il Federalista », présente une conférence : « Albertini : la stratégie de la lutte pour l’Europe et le rôle du mouvement fédéraliste ».

Madame Rossolillo , pensez-vous que les idées de Mario Albertini puissent être encore d’actualité aujourd’hui ?

Très certainement. Je dirais même qu’aujourd’hui plus qu’hier, il faut connaître et approfondir ses idées, car il a analysé avec une telle profondeur la réalité d’une intégration fédéraliste et ses contradictions, qu’il a dépassé ce qui était couramment admis.

Quel type de fédéralisme souhaitait-il ?

Il voulait partir d’un Etat fédéral européen pour arriver à un fédéralisme mondial. Il était convaincu que la fédération européenne aurait démontré la possibilité de construire une union d’États sur un mode pacifique et de donner ainsi naissance à la première véritable forme de souveraineté supranationale de l’histoire. Albertini n’incluait pas seulement l’aspect institutionnel dans la création d’un État fédéral mais également celui lié aux valeurs (la paix comme but ultime de la fédération à partir du moment où le fédéralisme substituait aux rapports de force entre États, des rapports fondés sur le droit) et à l’histoire sociale (le dépassement de la division du genre humain en classes et nations, pour atteindre l’unité dans la diversité).

Comment concrétiser ces thèses ?

Je pense que la construction d’une fédération européenne constitue aujourd’hui la seule réponse plausible à la crise profonde dans laquelle nous nous trouvons. Il est en effet évident depuis des années que la monnaie unique ne survivra pas si elle n’est pas soutenue par un transfert au niveau européen de la politique économique et fiscale et donc par une gouvernance unique. Il est clair également que le modèle de coopération volontaire entre états, qui a prévalu jusque-là dans le fonctionnement de l’Union, est à bout de souffle. C’est pourquoi il faut envisager la création d’un premier « noyau » fédéral. Il devra naître d’une avant-garde composée d’États, dotés de la monnaie unique, qui ont déjà accepté de déléguer une partie importante de leur souveraineté. Verra ainsi le jour une Union européenne à deux cercles : l’un constitué par le « noyau » fédéral, l’autre composé des états ne participant qu’au marché unique.

Pensez vous que Macron soit en train d’initier ce type de fédéralisme ?

Le Président français nous offre une opportunité exceptionnelle. Il a non seulement orienté sa campagne électorale sur le renforcement de l’intégration européenne mais a aussi prononcé en Septembre à la Sorbonne un discours de portée historique. À travers une analyse touchant de multiples secteurs, il a clairement énoncé l’objectif d’une Europe souveraine, unie et démocratique. Il est évident qu’un tel pas en avant ne pourra être fait par tous les 27 États membres et qu’il sera nécessaire qu’une avant garde ( parmi les membres de l’eurozone) en prenne l’initiative à travers un pacte prévoyant la création d’un noyau fédéral.

Quel rôle pour les Etats-Unis ?

Ils nous poussent à agir. Les propos virulents du Président Trump, son retour au protectionnisme, son attitude hostile à toute forme de multilatéralisme sont autant de signaux d’alarme pour les Européens. Si ces derniers ne parviennent pas au modèle fédéral à la dimension continentale, leur destin sera assumé par d’autres puissances et le modèle européen, avec ses valeurs, sera supplanté.

P.-S.

Photo : Mario Albertini au cours d’une réunion de l’UEF, assis entre Jean-Pierre Gouzy et Caterina Chizzola.

Traduction par Yves Lagier

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