Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

À la Saint-Martin

Éditorial du 11 novembre 2011

Il y a cent ans, l’on y concluait ou renouvelait les baux et on y réglait les fermages.

Il y a cent ans, la protection sociale n’existait pas encore. La vie était dure pour les petites gens, tandis qu’émergeait, future classe moyenne, une petite bourgeoisie laborieuse mais prospère.

Il y a cent ans, malgré les rivalités patentes qui la divisaient, la puissance et l’influence de l’Europe étaient à leur apogée.

Il y a cent ans, point de monuments aux morts dans les villes et les villages ; on ne célébrait pas, dans la consternation, la mémoire des soldats inconnus. Encore insouciante, l’Europe ne savait pas que dans moins de trois ans elle se laisserait emporter par la folie en un suicide collectif dont les soubresauts dureraient encore plus de trente ans.

Après quoi, hébétés, les plus lucides des européens entreprendraient un édifice nouveau qui les prémunirait de leurs chamailleries aux exacerbations nécrosiques récurrentes.

Mais l’Europe dominatrice aurait vécu, à jamais. Ayant mobilisé le reste du monde à sa rescousse, elle avait fouetté l’ardeur de nouvelles puissances concurrentes, promptes en retour à lui asséner des visions qui lui feraient perdre une bonne partie de son âme. La jeunesse manifeste peu d’indulgence envers ceux qui l’ont précédé.

Dans l’Europe d’aujourd’hui, sous l’effet de ces inspirations nouvelles, le souvenir des errements passés s’estompe et les divisions renaissent. Les antagonismes que l’on croyait conjurés menacent à nouveau au nom d’une conception illusoire de la liberté. L’on constate avec effroi les prémices d’une nouvelle division susceptible à terme, si l’on ne met rapidement un terme à l’enchaînement mortifère déjà en œuvre, de menacer cette paix intérieure que l’on croyait pourtant installée pour toujours.

En cette Saint-Martin 2011, l’Europe a de nouveau besoin d’un sursaut salvateur. Saura-t-elle lucidement reprendre le chemin de l’unité par un fédéralisme bien compris ou, victime de ses démons, s’effondrera-t-elle en poussière, cette fois définitivement ?

En ce 11 novembre 2011
François Mennerat

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