Les tribunes sont des contributions individuelles de membres de l’association au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celle-ci.

Identité européenne, une question de liberté par Christian Moos, Secrétaire général de la Europa-Union Deutschland

, par Christian Moos

À l’occasion de la journée franco-allemande 2016, l’UEF France publie un article du secrétaire général de sa section sœur allemande, la Europa-Union Deutschland e.V., Christian Moos, sur l’identité européenne qui se construit sur la liberté et l’ouverture des frontières. L’UEF est engagée pour ces valeurs et des frontières ouvertes depuis sa création en 1946. Elle dénonce les politiques européennes et aussi françaises actuelles de fermeture de frontières, de création de clôtures à l’intérieur de l’Europe ainsi qu’à ses frontières extérieures. Vous trouverez également une présentation en français de la Europa-Union Deutschland (UEF-Allemagne), plus grande section de l’UEF qui fête en 2016 ses 70 ans.

La version allemande a été publiée le vendredi, 18 décembre 2015 ici : http://www.europa-union.de/eud/news/europaeische-identitaet-eine-frage-der-freiheit-von-christian-moos/

Une chose est sûre et certaine, Portugais, Néerlandais, Roumains et Finnois ne se conçoivent pas de la même façon. Mais qu’en est-il des habitants du Languedoc et de la Normandie ? Ils ne se pensaient pas de la même manière non plus et c’est certainement toujours le cas. Flamands et Wallons par exemple ne souhaitent plus être « ensemble », les habitants du Brandebourg et les Rhénans ne sont pas unies non plus. L’identité ne peut être conçue qu’en lien avec la personne, la conscience et la perception de soi d’un individu. L’homme recherche la différence pour se comprendre et définir lui-même. Et, être et animal social, il se compare. Les identités différenciées lui apportent surtout un soulagement moral puisque pour beaucoup de personnes, la liberté est une prétention trop exigeante.

Quand elle est vécue comme une caractéristique partagée, l’identité nationale peut être un élément qui décharge l’individu. Les eurosceptiques qui nient la possibilité d’une identité européenne la conçoivent comme naturelle, exclusive et étonnamment figée. Et pourtant, l’État-nation est un phénomène historiquement relativement jeune. Ceux qui en font une donnée absolue appréhendent qu’il soit l’étape ultime de l’évolution humaine. Mais un tel telos n’existe pas. De nombreux États-nations sont aujourd’hui menacés de décomposition ou déconstruction. Sous l’auspice de l’oppression, des puissances anciennes et montantes recommencent à créer des empires.

Il existe un grand nombre de caractéristiques humaines partagées. Celle d’appartenir à une nation n’est qu’un élément parmi beaucoup d’autres. Et elle n’est de loin la plus importante et influente. Selon le contexte, le sexe ou l’appartenance à une couche sociale définie par exemple peuvent être plus déterminants dans la perception de soi et dans la motivation d’agir que la nationalité. Le pouvoir du nationalisme n’apporte en rien la preuve du contraire. Il est un excès de l’identité nationale. Il n’est plus, ni moins que le symptôme névrotique de la peur d’une société sécularisée et par là proche d’un fondamentalisme religieux qui dénonce la conception occidentale du monde. C’est la peur de la liberté. Et dans l’ère de la mondialisation cette peur a une puissance importante. Et les forces anti-émancipatrices savent très bien s’en servir.

L’identité européenne est aussi compliquée parce qu’elle repose sur autre chose qu’un repli sur soi. Elle se réfère à un espace d’expériences partagé. Mais cet espace est caractérisé par la disparition de frontières dans un sens large et non pas de la démarcation et les limitations. Des frontières ouvertes sont un caractère essentiel et immanent à l’Europe. À chaque fois qu’une frontière supplémentaire est fermée quelque part, c’est une partie de l’Europe qui meurt ! L’Europe est ouverture. L’Europe est dépassement. L’Europe est liberté. Il est tout à fait cohérent si les défenseurs de l’État-nation comme idéologie dénoncent l’Europe. Puisque se voir et se percevoir comme Européen ne veut dire ni plus ni moins que sortir de la caverne, sortir d’un état immature auto-construit. L’identité européenne assume la différence, elle accueille la diversité. Parce qu’elle est la construction d’un empire à caractère inédit. Elle est un aveu à la liberté et le refus de la peur.

P.-S.

Traduction par Inga Wachsmann

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