La contribution de l’UEF au Congrès de La Haye

La contribution de l'UEF au Congrès de La Haye

L’UEF a organisé, en liaison avec plusieurs autres organisations favorables à l’unification européenne, le Congrès de l’Europe qui s’est réuni à La Haye du 7 au 11 mai 1948. Les congressistes adoptèrent l’appel aux Européens rédigé par le fédéraliste Denis de Rougemont, lequel fixait les objectifs à atteindre pour poser les bases d’une Europe fédérale.

L’Union des fédéralistes européens a été fondée à Paris en décembre 1946, réunissant les organisations fédéralistes à travers l’Europe, pour la plupart issues de mouvements de résistance au fascisme. L’UEF a tenu son premier congrès à Montreux en 1947 pour lancer son action.

D’autres mouvements favorables à la construction européenne avaient été fondés en parallèle : le United Europe Movement, proche de Winston Churchill, le Mouvement pour les États-Unis socialistes d’Europe et les Nouvelles équipes internationales. Les objectifs à court terme des ces formations européistes rejoignant ceux des fédéralistes, Alexandre Marc, secrétaire général de l’UEF, propose la formation d’un « Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne », lequel fut fondé le 11 novembre 1947.

Compte tenu du succès du Congrès de Montreux, l’un des premiers objectifs de ce collectif associatif sera d’organiser, trois ans après l’armistice de 1945, un événement similaire, de plus grande ampleur encore, rassemblant militants associatifs, élus et ministres de toute l’Europe occidentale afin d’interpeller l’opinion publique. Pour les fédéralistes, ce rassemblement devrait prendre le nom d’« États généraux de l’Europe » pour lui donner une dimension populaire et réunir les représentants des forces vives de la société européenne. Cette formulation n’est pas retenue par le Comité de coordination, dont certains membres craignent la connotation révolutionnaire de la formule. Ce sera donc un simple “Congrès de l’Europe” que l’on convoque à La Haye et qui réunira 750 participants.

Deux-cent parlementaires, ministres et anciens ministres, donnent une dimension quasi officielle à la rencontre. Le Congrès est présidé par Winston Churchill. Les militants de l’UEF y sont aussi nombreux. Sont présents notamment Henri Brugmans, président de l’UEF, Denis de Rougemont, Alexandre Marc ; Altiero Spinelli et son épouse Ursula, Ernesto Rossi, etc. Y a participé notamment notre ami Jean-Pierre Gouzy, alors âge de 23 ans.

Henri Brugmans a été frappé, dira-t-il plus tard, par « l’atmosphère joyeuse, créatrice, presque révolutionnaire du Congrès ». Toutefois les fédéralistes regrettent que les travaux n’aient été dominés par les thèses unionistes. Selon Denis de Rougemont, « Les maîtres du Congrès ont retiré la parole au peuple européen pour la donner à des ministres qui en ont fait l’usage que l’on sait ». Pour Jean-Pierre Gouzy « Finalement, les partisans du fédéralisme obtinrent surtout satisfaction pour les objectifs à plus long terme, et l’establishment des partisans de "l’Europe unie" les satisfactions immédiates. »

Alexandre Marc et Denis de Rougemont sont co-rapporteurs de la commission culturelle du Congrès. Marc obtient que l’on retienne l’objectif de la création d’une charte européenne des droits de l’homme et d’une cour de justice européenne. Quant à Denis de Rougemont, il obtient de prononcer, en clôture du Congrès son « Message aux Européens ».

Il y souligne l’urgence de l’unité européenne et résume les conclusions du Congrès :

  1. Nous voulons une Europe unie, rendue dans toute son étendue à la libre circulation des hommes, des idées et des biens.
  2. Nous voulons une Charte des Droits de l’Homme, garantissant les libertés de pensée, de réunion et d’expansion, ainsi que le libre exercice d’une opposition politique.
  3. Nous voulons une Cour de Justice capable d’appliquer les sanctions nécessaires pour que soit respectée la Charte.
  4. Nous voulons une Assemblée Européenne, où soient représentées les forces vives de toutes nos nations.
  5. Et nous prenons de bonne foi l’engagement d’appuyer de tous nos efforts, dans nos foyers et en public, dans nos partis, dans nos églises, dans nos milieux professionnels et syndicaux, les hommes et les gouvernements qui travaillent à cette œuvre de salut public, suprême chance de la paix et gage d’un grand avenir pour cette génération et celles qui la suivront.

Les associations ayant été à l’initiative du Congrès de L’Europe vont alors se rassembler plus durablement au sein du Mouvement Européen. Toutefois l’UEF, bien que partie prenante de ce mouvement comme elle l’est encore aujourd’hui, réafirmera son autonomie sous la direction de Henri Frenay, un des chefs de la résistance française, lors de son congrès de Rome en novembre 1948. Elle y proclame notamment : « la nécessité de convoquer d’urgence une Assemblée européenne représentative » destinée à « préparer la constitution de l’Europe fédérée ».

Les conséquences du Congrès de La Haye

Le Congrès a obtenu un écho important à travers l’Europe. Parmi les résultats obtenus suite à celui-ci :

  • le Conseil de l’Europe et son assemblée qui se réunit un an plus tard
  • le Mouvement européen, créé sur la base du comité de coordination
  • le Collège d’Europe à Bruges, dont le premier recteur fut Hendrik Brugmans, le premier président de l’UEF
  • le Centre européen de la Culture de Genève, fondé par Denis de Rougemont.

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