La réponse européenne au coronavirus : une Union de la santé et un plan anti-crise Par Domènec Ruiz Devesa, député européen

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Domènec Ruiz Devesa

La réponse européenne au coronavirus : une Union de la santé et un plan anti-crise

Domènec Ruiz Devesa - Photo Melanie WENGER © European Union 2019 - Source : EP - Réf. EP-092249A

Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé a qualifié de pandémie l’épidémie de coronavirus originaire de Chine, étant donné sa propagation sur plus de trois continents, touchant pas moins de 100 pays. Cette maladie est facilement transmissible et a un taux de mortalité nettement supérieur à celui de la grippe. Il est donc urgent de limiter l’augmentation des cas, même si la vague expansive de la maladie a une durée plus longue, afin d’éviter l’effondrement des hôpitaux dû au manque de lits pour traiter les patients les plus graves.

Le coronavirus met également en évidence le fait que l’Union européenne ne s’est pas dotée d’instruments suffisamment puissants pour faire face à une urgence typiquement transnationale comme la propagation d’une maladie infectieuse qui, par définition, ne connaît pas de frontière. Nous devons rapidement mettre en place une Union de la santé qui, en tant qu’élément fondamental de l’Europe sociale tant vantée, englobe et dépasse les mécanismes existants, et permet de coordonner la réponse au niveau européen, en orientant ainsi les ressources nécessaires, qu’elles soient matérielles (masques, respirateurs, médicaments, etc.) ou financières, là où elles sont le plus nécessaires, dans un esprit de solidarité. À l’heure actuelle, par exemple, le Fonds européen de solidarité, qui traite des catastrophes naturelles, n’inclut pas les crises de santé publique dans son champ d’application. C’est une raison de plus pour aborder la réforme essentielle des traités dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

En tout cas, au-delà des aspects sanitaires du problème, la pandémie de coronavirus a déjà généré une crise économique considérable, que l’on compare à la Grande Récession qui a explosé à l’été 2007 aux États-Unis avec les prêts hypothécaires à risque. Les pertes sur les marchés boursiers le 12 mars 2020 ont été historiques. L’Ibex-35 a chuté de 14 %, la Bourse de Milan de 17 % et la Bourse de Francfort de 12 %. Aux États-Unis, le Dow Jones a perdu 10 %, le S&P 500 9,5 % et le Nasdaq 9,4 %.

Le Fonds monétaire international (FMI), dans son aperçu du rapport annuel pour l’Espagne, conclut que l’effet du coronavirus sur le tourisme, le commerce, la consommation intérieure et les chaînes d’approvisionnement aura un impact très négatif sur la croissance économique espagnole. L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) a réduit les prévisions de croissance pour 2020 pour la zone euro de 1,1 à 0,8 %. Selon la durée et l’intensité de la pandémie, avertit l’OCDE, le coronavirus pourrait réduire la croissance du PIB mondial à 1,5 %, contre 2,9 % initialement prévus pour 2020. En tout état de cause, l’économie devrait se contracter au cours des deux premiers trimestres de cette année. Des parallèles avec la crise de 2008 sont inévitables, et l’économiste en chef du FMI estime que le déclin de l’offre et de la demande ressemble à ceux observés lors des phases plus aiguës de la crise financière mondiale.

Dans ce contexte, le Conseil européen s’est réuni par vidéoconférence le 10 mars 2020. Les chefs d’État et de gouvernement ont convenus de permettre des déficits nationaux plus élevés résultant des dépenses publiques nécessaires pour faire face à la crise, assouplissant ainsi le pacte de stabilité et de croissance comme prévu pour ces cas. La porte a également été ouverte aux entreprises et aux secteurs qui ont besoin de bénéficier d’aides d’État. Enfin, il a été convenu d’allouer 25 milliards d’euros pour soutenir les systèmes de santé, faciliter les liquidités des petites et moyennes entreprises et lutter contre les effets possibles du virus sur les marchés du travail. La Commission européenne a proposé le 13 mars de porter ce montant à la disposition des États à 37 milliards provenant des Fonds de cohésion non utilisés. Mais il s’agit en tout cas de fonds qui ont été budgétisés à d’autres fins et non de fonds supplémentaires.

Il faut plutôt un plan européen de dépenses anticrise, comme l’ont proposé le Président Macron et le Commissaire aux affaires économiques Gentiloni, en mobilisant les ressources de la Banque européenne d’investissement et le mécanisme européen de stabilité. Espérons que lors de la réunion de l’Eurogroupe, prévue pour le 16 mars 2020, une position fiscale expansive pour la zone euro sera adoptée, ainsi qu’une série de mesures budgétaires extraordinaires et coordonnées, car l’écho des erreurs passées se répercute non seulement dans le manque d’ambition et de décision des dirigeants, mais aussi dans le manque de coordination et l’adoption de mesures disparates dans chacun des États membres, mettant ainsi le marché intérieur en danger.

Le même fossé Nord-Sud qui s’est déjà creusé entre créanciers et débiteurs avec la crise de la zone euro semble se reproduire. Le Nord est beaucoup moins touché par le virus, et ses économies sont beaucoup moins dépendantes du tourisme que celles du Sud, de sorte qu’il ne semble pas disposé à augmenter les ressources et à mutualiser les dépenses anticrise.

Mais il est impensable que dans cette situation d’urgence sanitaire et économique qu’est le coronavirus, le cadre financier pluriannuel (CFP), le budget européen pour la période 2021-2027, soit limité à 1% du PIB communautaire comme le réclament les gouvernements des Pays-Bas, du Danemark, de la Suède et de l’Autriche.

Il convient de rappeler que la proposition actuelle du cadre financier pluri-annuel a été élaborée avant l’élection de Von der Leyen à la présidence de la Commission. Par conséquent, le montant proposé de 1,11 % du PIB de l’UE n’est pas conforme aux six priorités de la Commission Von der Leyen, et en particulier au plan de financement de la transition écologique de l’économie (connu sous le nom de Green Deal), qui nécessite entre 300 milliards et un trillion d’euros par an. La Commission doit retirer la proposition actuelle et présenter un nouveau projet de CFP conforme au seuil approuvé par le Parlement européen de 1,3 % du PIB de l’UE.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé le 12 mars de nouvelles injections de liquidités via des crédits aux entreprises et l’achat d’obligations d’État et de sociétés jusqu’à la fin 2020 pour un total de 120 milliards supplémentaires - ce qui devrait permettre de ne pas laisser l’augmentation des déficits publics conduire à une nouvelle crise de la dette souveraine. La marge de manœuvre de la BCE n’est certes pas grande après des années de taux négatifs et d’injections massives de liquidités, mais elle pourrait recourir à l’achat d’actions et à des transferts directs d’argent aux ménages de la zone euro pour éviter un effondrement de la demande et un chômage de masse.

Nous devons de toute urgence tirer les leçons de la gestion de la Grande Récession, lorsque les citoyens ont payé cher le manque de solidarité au niveau européen et la politique d’ajustement fiscal extrême. L’ampleur du défi sanitaire, financier et économique posé par la pandémie de coronavirus ne peut être sous-estimée. L’ensemble des options qui s’offrent à nous doit être utilisé, par une combinaison de politiques fiscales et monétaires expansionnistes, dans le cadre d’une réponse européenne globale couvrant à la fois les dimensions sanitaire et économique.

Texte original en espagnol : https://www.diarioinformacion.com/opinion/2020/03/14/respuesta-europea-coronavirus-union-sanitaria/2244866.html

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