Élections européennes : « Pourquoi je soutiens la liste Renaissance »

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par François Mennerat

Élections européennes : « Pourquoi je soutiens la liste Renaissance »

L’UEF étant un mouvement transpartisan, plusieurs de nos militants ont choisis de s’engager en faveur de telle ou telle liste parmi celles compatibles avec les propositions des fédéralistes. Nous leur avons proposé de publier une série de tribunes pour qu’ils expliquent leurs choix.

À chaque élection, c’est la même chose. Lorsque j’exerce civiquement mon droit de vote, je me trouve toujours confronté à la même alternative : dois-je m’acharner à tout prix à trouver le candidat exprimant parfaitement mes idées, au risque de l’abstention s’il reste introuvable, ou dois-je raisonner en fonction d’une stratégie, en n’étant de toutes façons jamais assuré que les choses se passent comme je les imagine.

À l’élection présidentielle de 2017, j’ai voté positivement pour Emmanuel Macron, dès le premier tour, en raison de son engagement européen que j’avais jugé sincère, ce que la suite m’a confirmé, au-delà bien sûr de la mise en scène de la cour du Louvre. Depuis que j’ai le droit de voter, l’attitude des candidats vis à vis du projet d’intégration européenne a toujours constitué le premier critère de mes choix, sans aucune exception. Fédéraliste européen, je ne me fais pour autant aucune illusion sur ses convictions à ce sujet : même en lui accordant une grande prudence tactique, rien dans ses prises de position ne pourrait corroborer de sa part une vision fédéraliste de l’avenir de l’Europe. On verrait mal, du reste, comment il pourrait être fédéraliste lorsqu’il s’agit de l’Union européenne et rester le centraliste monarchique complètement oublieux de la subsidiarité qu’il est lorsqu’il applique la constitution de la Ve république bonapartiste et plus généralement monarchiste jusqu’à la caricature.

Depuis les années 1960, aucun homme d’État n’a exprimé aussi clairement son engagement pour une Europe souveraine, ni en France (pas plus Valéry Giscard d’Estaing que François Mitterrand), ni dans aucun autre État membre. Et ce faisant il assume son rôle de véritable chef de gouvernement français qu’il est assurément (en dépit des termes de la constitution), en utilisant aussi habilement que possible le Conseil européen si anti-démocratique au profit de sa stratégie. On peut certes rappeler certains discours remarqués de Joshka Fischer, ou d’autres ministres allemands issus du SPD, entre autres. Mais les discours de Monsieur Macron, celui de la Sorbonne en particulier, resteront dans l’histoire comme autant de pierres blanches sur la voie de la Fédération européenne que nous attendons si ardemment, et ce en dépit de sa démarche ouvertement inter-gouvernementale que le traité de Lisbonne justifie (ça tombe bien pour lui). Que son irruption sur la scène européenne soit reçue par nos amis fédéralistes de toute l’Europe comme un cadeau du ciel peut étonner. Mais je crois qu’ils sont pragmatiques avant tout et qu’il serait paradoxal de ne pas les accompagner dans cette voie.

On peut s’interroger, encore et encore, sur les politiques de l’actuel gouvernement français à l’intérieur, et même les rejeter catégoriquement. Mais lorsque vient le temps dune élection européenne, dont les enjeux dépassent largement les préoccupations nationales, je dis qu’il faut être responsable dans le choix de ses priorités de citoyen électeur. Je l’ai dit, l’avenir de l’Union européenne reste pour moi le critère premier. C’est pourquoi, dans le contexte de l’organisation en France de l’élection européenne, je soutiens sans vergogne la liste Renaissance, laquelle, au reste, n’est ni une liste Macron, ni une liste En Marche, mais une liste d’alliance de diverses forces politiques soutenant toutes la vision européenne promue par le président de notre république.

La stratégie qu’il propose ne mentionne pas (et pour cause ?) notre but ultime d’une fédération européenne. Cependant, les étapes qu’il dessine sont de toutes façons nécessaires à son avènement. Elles correspondent à nos souhaits, à une ou deux exceptions près sans doute. Mais il serait incompréhensible d’oser les taxer de « petits pas ». Nous devons donc les soutenir. Certes, les programmes d’autres listes que Renaissance font état d’ambitions européennes, mais aucun n’a la même cohérence que celui de Renaissance. Ceci dit, il est permis de regretter le casting pour le moins hétéroclite de cette liste qui semble, hélas, plus répondre à des préoccupations politiciennes franco-françaises qu’à une contribution déterminée au fonctionnement efficace du Parlement européen au cours du prochain mandat.

Les deux exceptions mentionnées sont les suivantes. D’abord l’appropriation sans réserve apparente de tous les travers « adémocratiques » résultant de la présence de ce corps étranger institutionnel que constitue le Conseil européen. Ensuite le rejet du processus dit des « Spitzenkandidaten » qu’on a tenté d’expliquer par l’absence d’assiette politique du président français parmi les partis politiques européens. À mon avis l’explication est différente. Si l’on continue d’accepter que le parti ayant recueilli le plus grand nombre de voix aux élections proposera le candidat à la présidence de la Commission quand bien même il ne dispose pas de la majorité absolue (ce qui n’est écrit dans aucun traité), on entérine pour longtemps la préséance du PPE, donc des Allemands, au mépris de la vraie démocratie. Il est temps que le candidat proposé par le Parlement y dispose d’une majorité absolue portée par une coalition de gouvernement. Du reste ce système ne fonctionne pas et il demeure une vue de l’esprit au profit du seul PPE. Et, si l’on s’en tient à la France, aucune des listes en présence ne fait campagne pour un Spitzenkandidat, ni même n’en mentionne. On a pu rapporter que Manfred Weber est aussi inconnu en Allemagne qu’en France, et c’est tant mieux. Le pré-requis pour ce système c’est peut-être l’existence de listes transnationales.

La stratégie électorale de la liste Renaissance consiste à envoyer le plus grand nombre possible d’élus au PE en faisant barrage aux nationalistes, puis à y prendre part à une majorité de gouvernement qui mettra fin aux petits arrangements entre amis avec le basculement de la présidence du PE à mi-mandat. Qu’ont à lui reprocher les fédéralistes ? Continuer à décrire cette liste comme une liste Macron ou En Marche, c’est faire de ces élections un enjeu national français, au mépris de nos déclarations récurrentes regrettant cette attitude parmi nos adversaires europhobes.

À celles et ceux, par contre, à qui je m’étais ouvert de mon engagement à organiser la campagne de Renaissance dans mon département, je dois de révéler que j’ai démissionné avec éclat de cette fonction en raison du détournement délibéré des actions déjà organisées au profit des ambitions électorales personnelles et des manœuvres politiciennes des élus (députée En Marche, sénatrice Radicale, conseillers départementaux En Marche) dans la perspective des municipales de l’année prochaine. Je me contente désormais d’actions subalternes (tractage et porte-à-porte), d’actions associatives pro-européennes (« fédéralistes » serait prématuré dans le contexte local, hélas) et du soutien conceptuel et organisationnel à une amie, candidate non éligible (55e) de la liste Renaissance, désignée par l’Union des démocrates et des écologistes. Mais je continue bien sûr de souhaiter le plus grand succès à Renaissance. Par là, je ne crois pas vendre mon âme au diable.

François Mennerat
25 avril 2019

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