Décès de Tadeusz Mazoviecki

, par Chloé Fabre

Fin octobre disparaissait, à l’âge de 86 ans, un grand démocrate européen, le polonais Tadeusz Mazowiecki.

Ancien de Solidarnosc, il fut le chef du tout premier gouvernement non communiste en Pologne en 1989 et 1990, et ardent partisan de la délicate transition de la Pologne vers la démocratie et l’économie de marché. Son intelligence, sa vision, son pragmatisme furent reconnus par Lech WALESA lui-même, qui le choisit pour diriger le gouvernement en 1989.

Il eût le courage, lors de cette transition de la Pologne, de faire des réformes structurelles « de choc » sur le plan du redressement économique, et le génie de réconcilier l’Allemagne et la Pologne grâce à la reconnaissance par Helmut KOHL, de la ligne Oder-Neisse. La reconnaissance définitive de cette frontière ouvrant aussi la voie à l’intégration européenne.

Il sut réussir la transition du communisme vers une société de liberté en réconciliant tous les Polonais, malgré une frange nationaliste qui perdure encore aujourd’hui.
Reconnu comme un homme une très grande figure morale, proche de Jean-Paul II, il avait une éthique, celle du respect absolu de la vie humaine, et combattant acharné des idées populistes et extrémistes, de droite comme de gauche.

Il s’affirma donc comme un grand homme d’Etat, courageux, très actif au moment des grèves de 1980, sachant réconcilier un peuple martyrisé et ruiné par cinq ans de nazisme et quarante cinq ans de communisme.

Tadeusz Mazowiecki s’est battu toute sa vie pour la démocratie, la liberté. Il fut également un européen convaincu, se réjouissant de l’adhésion de son pays à l’Union européenne. Un homme de conviction, aussi dans la tragique guerre des Balkans : désigné rapporteur de l’ONU pour l’ex-Yougoslavie, il démissionna de cette fonction après le massacre, en juillet 1995, de musulmans bosniaques par les miliciens serbes de Srebrenica.

La Pologne vient de perdre un homme important, un grand humaniste européen.
Sa disparition dépasse le cadre de la Pologne.

Ceux qui ont travaillé avec lui, lui ont rendu le juste hommage qu’il mérite.
Ainsi, l’actuel président polonais, Bronislaw KOMOROWSK, qui eût Tadeusz Mazowiecki comme conseiller, lui a rendu hommage pour son œuvre, au moment difficile de la réunification de l’Allemagne, pour la réconciliation de la Pologne et de l’Allemagne, « élément clé d’un nouvel ordre européen ».
Lech Walesa lui a rendu également un hommage appuyé : « il fut un homme exceptionnel et des plus honnêtes que j’ai rencontrés sur mon chemin ».
Et même l’ancien dictateur communiste Wojciech JARUZELSKI, 90 ans, a salué sa mémoire : « j’ai beaucoup apprécié sa sagesse, sa pondération et sa lucidité à des moments difficiles ».

La Pologne, après Bronislaw GEREMEK, il y a quelques années, vient de perdre un autre grand démocrate, appartenant à un grand pays qui comptera et compte déjà dans l’Union européenne.

En France, on en a vraiment trop peu parlé…

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