Hommage à André Darteil

, par Jean-Francis Billion

Communication de Jean-Pierre Gouzy à l’Assemblée générale de l’UEF-France , le samedi 14 septembre 2013. Les participants ont observé une minute de silence.

Nous avons perdu, le 6 août dernier, un de nos plus fidèles militants : André Darteil. Nous nous devons de lui rendre, aujourd’hui, un hommage collectif. Je le ferai sommairement, du fait des nombreux témoignages qui lui ont déjà été rendus, notamment par Bernard Barthalay, Alain Malégarie, Alain Réguillon.

J’ai fait connaissance d’André au cours des années 1950, quand il prit ses premiers contacts avec les responsables des sièges de l’UEF et du MFE, alors situés : 8, rue de l’Arcade, dans le quartier de la Place de la Madeleine à Paris.

Très fortement ancré à Lyon dont il fut l’un des édiles, il participa à la constitution, en décembre 1955, du Comité lyonnais pour les États-Unis d’Europe, composé de fédéralistes européens, de membres du Mouvement européen et de la Gauche européenne. Il fut l’un des animateurs, en région Rhône-Alpes (et plus largement en France), du Congrès du Peuple européen initié par Altiero Spinelli qu’il admirait et dont il partageait le combat inspiré par le Manifeste de Ventotene, pour susciter, après l’échec des projets de Communauté européenne de défense et de Communauté politique supranationale, une force européenne susceptible d’imposer démocratiquement un pouvoir constituant porteur du projet fédéraliste. Le raisonnement était le suivant : On peut difficilement compter sur la bonne volonté des partis traditionnels et des gouvernements pour réaliser ‘l’Europe unie’. Seule la pression des citoyens les y conduira : l’action européenne doit être l’œuvre de tous.

Cette action européenne devait être portée par une volonté populaire qui prenne la forme d’élections primaires. Lyon où militait André figurait parmi les sept premières villes pilotes qui furent choisies pour cette expérience, les autres étant Strasbourg, Genève, Turin, Anvers, Düsseldorf, Maastricht.

En dépit du succès de ces premières élections, puis de celles qui suivirent ainsi que de la présentation en 1959 à l’Assemblée parlementaire européenne et aux parlements nationaux de l’Europe communautaire naissante d’un projet de traité instituant une assemblée constituante élue au suffrage universel, l’ambitieuse initiative s’essoufflera assez rapidement. L’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en France, et le succès des Traités de Rome créant la Communauté économique européenne et l’Euratom, changèrent la donne dans les pays fondateurs, d’autant que les premiers succès du « Marché commun » et de la politique agricole commune paraissaient donner raison aux défenseurs des thèses possibilistes. Mais ceci est un autre débat que nous n’avons pas à traiter ici.

André Darteil et ses compagnons du Comité lyonnais pour les États-Unis d’Europe qui entretenaient, par ailleurs, des relations significatives avec le Comité d’action pour les États-Unis d’Europe de Jean Monnet, s’intégreront pleinement dans le Mouvement fédéraliste européen, organisant des campagnes de signatures et d’action populaire ; accueillant à Lyon, en février 1962, un impressionnant Congrès international des fédéralistes européens qui eut un retentissement considérable. Ils jouèrent, par la suite, avec Bernard Barthalay et d’autres, un rôle incontestable en vue de l’édification d’une future Europe monétaire, puis dans le combat pour l’élection au suffrage universel direct du Parlement européen.

Dans toutes les activités que nous avons suscitées à l’époque et auxquelles nous nous sommes associés (Front démocratique pour une Europe fédérale, issu du congrès historique du Conseil des communes d’Europe tenu à Rome en 1967, et des clubs de la Convention des Institutions républicaines en France – Rassemblement pour l’Europe fédérale, créé par Jean Ordner en vue de confrontations électorales) on retrouve la personnalité d’André, incarnation vivante de la ténacité militante, toujours prêt, malgré les déceptions, à rebondir. Il appartenait à ce type d’hommes (trop rare, hélas !) qui s’engagent en politique pour « servir » une cause et non pour « se servir ». Cette cause est précisément celle qui nous réunit aujourd’hui à Paris : celle du fédéralisme.

Une dernière chose : il en parlait peu… Il avait fait la guerre d’Indochine comme photographe de presse, qui avait contribué à lui créer des problèmes de santé rémanents avec lesquels il lui fallut vivre. Par hasard, j’ai découvert sur internet que se tenait, au moment même où nous célébrons sa mémoire, une exposition du Musée Niepce de Chalon-sur-Saône présentant 430 documents photographiques dus à une vingtaine de photo-reporteurs. Parmi les noms cités, celui d’André Darteil.

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