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	<title>Union des f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens, UEF-France</title>
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	<description>L'Union des f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens (UEF) est un mouvement transpartisan pour cr&#233;er une Europe f&#233;d&#233;rale et une France f&#233;d&#233;rale et renforcer la d&#233;mocratie du local au mondial. Section fran&#231;aise de l'UEF Europe et du mouvement f&#233;d&#233;raliste mondial.</description>
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		<title>Union des f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens, UEF-France</title>
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		<title>Une tribune au &#171; Monde &#187; en faveur d'une avanc&#233;e f&#233;d&#233;raliste de l'Union europ&#233;enne</title>
		<link>https://www.uef.fr/une-tribune-au-monde-en-faveur-d-une-avancee-federaliste-de-l-union</link>
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		<dc:date>2021-11-15T10:30:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel D&#233;voluy</dc:creator>


		<dc:subject>Europe F&#233;d&#233;rale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est en faisant bloc au sein d'une f&#233;d&#233;ration que les Europ&#233;ens pourront d&#233;fendre leurs principes humanistes et leurs modes de vie &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.uef.fr/tribunes-9-9-9" rel="directory"&gt;Tribunes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.uef.fr/europe-federale" rel="tag"&gt;Europe F&#233;d&#233;rale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; C'est en faisant bloc au sein d'une f&#233;d&#233;ration que les Europ&#233;ens pourront d&#233;fendre leurs principes humanistes et leurs modes de vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europ&#233;ens convaincus, Pierre Bernard-Reymond, Denis Clerc et Michel D&#233;voluy plaident, dans une tribune au &#171; Monde &#187;, en faveur d'une avanc&#233;e f&#233;d&#233;raliste de l'Union europ&#233;enne, du moins pour les pays qui le souhaitent, et ils invitent la conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe &#224; avancer sur ce sujet. Michel D&#233;voluy est membre de l'UEF France et ancien pr&#233;sident de sa section PACA.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/14/ue-c-est-en-faisant-bloc-au-sein-d-une-federation-que-les-europeens-pourront-defendre-leurs-principes-humanistes-et-leurs-modes-de-vie_6102013_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tribune parue dans le Monde le 14 novembre 2021.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux d&#233;fis g&#233;ostrat&#233;giques, aux enjeux environnementaux et aux discordances sur les valeurs, l'exigence d'unanimit&#233; entre les 27 membres de l'Union europ&#233;enne (UE) est devenue st&#233;rilisante. Pour avancer, osons un noyau dur f&#233;d&#233;ral. La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe, qui tirera ses conclusions au printemps 2022, devrait s'emparer de ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; politique, &#233;conomique et sociale se s&#233;dimente d&#233;sormais &#224; l'&#233;chelle continentale. Une nation de taille moyenne est fragile et peu audible au niveau mondial. Aucun des 27 Etats membres de l'Union europ&#233;enne (UE) n'est en capacit&#233; de ma&#238;triser, seul, les gigantesques d&#233;fis du XXIe si&#232;cle. De plus, c'est en faisant bloc au sein d'une f&#233;d&#233;ration que les Europ&#233;ens pourront d&#233;fendre leurs principes humanistes et leurs modes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, les 27 Etats ne sont pas tous pr&#234;ts &#224; cet &#233;lan f&#233;d&#233;ral : trop de diff&#233;rences, trop d'attentes divergentes. Permettre &#224; certains d'aller plus vite et plus loin exige une Europe &#224; plusieurs vitesses. Le premier cercle &#8211; le noyau dur &#8211; formerait alors une f&#233;d&#233;ration, ce qui implique l'adh&#233;sion des Etats concern&#233;s &#224; une constitution commune. Des trait&#233;s, se fondant sur les acquis communautaires, pr&#233;ciseraient les objectifs et les moyens des autres cercles. Tout Etat membre aurait naturellement vocation &#224; rejoindre le premier cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe &#224; plusieurs cercles !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une f&#233;d&#233;ration d&#233;finit deux niveaux de souverainet&#233;. Chaque Etat f&#233;d&#233;r&#233; a des institutions et un espace politique propre. Il adh&#232;re &#224; des valeurs partag&#233;es. L'&#233;chelon f&#233;d&#233;ral, avec son parlement et son gouvernement, l&#232;ve des imp&#244;ts, prend en charge les affaires &#233;trang&#232;res, l'immigration et la d&#233;fense. L'administration f&#233;d&#233;rale d&#233;finit les strat&#233;gies et les politiques communes. Elle coordonne et soude l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En installant la paix, un march&#233; et une monnaie unique, l'Europe a d&#233;j&#224; accompli d'immenses avanc&#233;es. De plus, l'UE a fait preuve de r&#233;activit&#233; et de solidarit&#233; face &#224; la crise sanitaire, notamment avec le plan de 750 milliards d'euros. Mais elle est encore au milieu du gu&#233;, et doit &#234;tre parachev&#233;e. Seule une Europe politique, donc f&#233;d&#233;rale, pourra d&#233;ployer toute sa force et son dynamisme au service de ses citoyens et de ses Etats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les trait&#233;s europ&#233;ens en vigueur ne sont pas &#233;labor&#233;s pour faciliter un saut qualitatif dans cette direction. Au contraire, l'exigence d'unanimit&#233; entre les membres (le veto) les oblige &#224; progresser au m&#234;me rythme dans les domaines r&#233;galiens, l'euro faisant exception. Pour sortir par le haut de cette impasse o&#249; les Etats ont des aspirations diff&#233;rentes et o&#249; le veto est &#233;touffant, une seule solution existe : l'Europe &#224; plusieurs cercles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une Europe d&#233;mocratique, puissante et souveraine&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proposer aujourd'hui, &#224; partir de quelques Etats, la cr&#233;ation d'une f&#233;d&#233;ration peut sembler d&#233;cal&#233;. En effet, mis &#224; part les nationalistes irr&#233;ductibles, beaucoup d'Europ&#233;ens s'interrogent et se d&#233;fient d'une Union jug&#233;e trop technocratique et encline &#224; des concessions sur les droits humains. Faut-il pour autant renoncer, alors que le temps presse ? Dans le monde actuel, pr&#233;server l'&#233;tat de droit ainsi que notre mod&#232;le de d&#233;mocratie sociale passe par une Europe unie dans une f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se rassembler pour r&#233;sister aux Etats mastodontes et aux strat&#233;gies des grandes firmes multinationales. ll faut &#234;tre solidaires pour ma&#238;triser les enjeux climatiques, agricoles, sanitaires et migratoires. Il faut faire front commun pour s'opposer aux formes de concurrence d&#233;l&#233;t&#232;res qui d&#233;t&#233;riorent le bien-&#234;tre collectif, et la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendons, au sein d'un noyau dur, nos valeurs et nos int&#233;r&#234;ts. Appelons &#224; l'av&#232;nement de partis et de syndicats transnationaux indispensables &#224; la formation d'un espace politique europ&#233;en. Demandons aux &#233;lus d'agir, au-del&#224; de l'horizon des prochaines &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales. Assurons la visibilit&#233; de l'Europe dans la presse et les m&#233;dias. Bref, construisons une Europe d&#233;mocratique, puissante, souveraine et riche d'un r&#233;cit commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une grande f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus ardu est d'inscrire le besoin d'une Europe unie et forte dans le paysage mental et affectif des Europ&#233;ens. L'Europe f&#233;d&#233;rale doit devenir la boussole et l'horizon des citoyens en demande de rep&#232;res stimulants et d'espoir d'un avenir plus serein. Une telle construction ne se fera pas en d&#233;niant les r&#233;alit&#233;s politiques, sociales et culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ne justifie pas l'inaction. Un certain nombre d'Etats doivent et peuvent avancer. D'o&#249; l'imp&#233;ratif du noyau dur avec tous les Etats qui y seraient pr&#234;ts et au moins, esp&#233;rons-le, les six pays fondateurs. Un autre cercle comprendrait les 19 membres de la zone euro. Le troisi&#232;me reprendrait l'ensemble des 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela se discute. La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe invite &#224; dessiner notre futur. Ne laissons pas passer cette occasion, pr&#233;cieuse et d&#233;terminante. Osons l'UE &#224; trois cercles avec, en point de mire, l'adh&#233;sion de tous &#224; une grande f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bernard-Reymond (Ancien secr&#233;taire d'Etat aux affaires europ&#233;ennes), Denis Clerc (Economiste) et Michel D&#233;voluy (Titulaire de la chaire Jean Monnet d'&#233;conomie europ&#233;enne)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le f&#233;d&#233;ralisme, un enjeu d&#233;cisif pour les Europ&#233;ens</title>
		<link>https://www.uef.fr/le-federalisme-un-enjeu-decisif-pour-les-europeens</link>
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		<dc:date>2021-05-27T08:07:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel D&#233;voluy</dc:creator>


		<dc:subject>Conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur</dc:subject>
		<dc:subject>une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe, organis&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE), est d&#233;sormais lanc&#233;e. Elle invite les Europ&#233;ens des 27 &#201;tats membres &#224; se pencher, via une plateforme num&#233;rique multilingue, sur leurs visions de l'Europe &#224; venir. Les conclusions des &#233;changes seront tir&#233;es au printemps 2022. Elles orienteront l'&#233;volution de l'UE pour la d&#233;cennie &#224; venir. Aux citoyens de se saisir de ce forum pour s'exprimer sur l'Europe, en toute libert&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le futur de l'UE est suspendu &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.uef.fr/une" rel="tag"&gt;une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe, organis&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE), est d&#233;sormais lanc&#233;e. Elle invite les Europ&#233;ens des 27 &#201;tats membres &#224; se pencher, via une plateforme num&#233;rique multilingue, sur leurs visions de l'Europe &#224; venir. Les conclusions des &#233;changes seront tir&#233;es au printemps 2022. Elles orienteront l'&#233;volution de l'UE pour la d&#233;cennie &#224; venir. Aux citoyens de se saisir de ce forum pour s'exprimer sur l'Europe, en toute libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le futur de l'UE est suspendu &#224; la question incontournable du f&#233;d&#233;ralisme. Nous devons en discuter pour comprendre les tenants et les aboutissants d'une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, et nous demander si tous les &#201;tats souhaitent avancer au m&#234;me rythme dans cette direction. D'o&#249; le n&#233;cessaire d&#233;bat sur l'Europe &#224; plusieurs vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes de vues peuvent s'articuler sur plusieurs th&#232;mes : le f&#233;d&#233;ralisme et la paix ; le cadre institutionnel d'une f&#233;d&#233;ration ; la dynamique singuli&#232;re de l'int&#233;gration europ&#233;enne ; les freins et les r&#233;sistances au passage &#224; une Europe politique ; le besoin d'une Europe f&#233;d&#233;rale face aux enjeux et aux d&#233;fis contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, l'avenir est notre affaire et l'Europe politique est notre avenir. Mais d&#233;cliner les atouts objectifs et rationnels d'une Europe f&#233;d&#233;rale ne suffit pas. Sinon, elle serait d&#233;j&#224; en place. Plusieurs obstacles sont &#224; surmonter. D'abord se lib&#233;rer des visions st&#233;r&#233;otyp&#233;es de la marche du monde. Ensuite, offrir aux Europ&#233;ens des perspectives cr&#233;dibles et persuasives. Enfin, inscrire l'Europe dans le paysage mental et &#233;motionnel des Europ&#233;ens. Le besoin d'Europe est d'autant plus urgent que des partis peu d&#233;mocratiques pr&#244;nent d&#233;sormais des replis identitaires et nationalistes. Les vieux d&#233;mons r&#244;dent toujours en se nourrissant des frustrations et des solutions simplistes. Soyons tr&#232;s vigilants et volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;d&#233;ralisme et paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des g&#233;ants tels Emmanuel Kant, Victor Hugo, Albert Einstein et Albert Camus &#233;taient convaincus que seule une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats permettrait de s&#233;dimenter la paix. Constatant que la juxtaposition de pays ind&#233;pendants et souverains &#233;tait une source syst&#233;matique d'antagonismes et de conflits, il fallait changer la donne. Les signatures des trait&#233;s de paix et les appels &#224; la raison n'ont jamais suffi. D'ailleurs, les guerres sont toujours d&#233;clench&#233;es pour d&#233;fendre des causes jug&#233;es justes par les protagonistes. Il s'agit, selon les cas, de d&#233;fendre la s&#233;curit&#233; et l'honneur des citoyens ou d'ob&#233;ir &#224; la &#8220;Raison d'&#201;tat&#8221;. Sortir d&#233;finitivement de ces funestes engrenages et rendre les guerres impossibles appelle la cr&#233;ation d'une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;alement, la paix universelle requiert une f&#233;d&#233;ration mondiale. En attendant cette lointaine concorde, saluons deux avanc&#233;es majeures. D'abord, la cr&#233;ation d'organisations internationales destin&#233;es &#224; d&#233;samorcer les conflits : la Soci&#233;t&#233; des Nations (SDN) entre 1919 et 1945 et l'ONU depuis. Ensuite, le lancement de la construction europ&#233;enne, initi&#233;e le 9 mai 1950 par la d&#233;claration historique de Robert Schuman. L'objectif affich&#233; &#233;tait de s&#233;dimenter la paix en Europe de l'Ouest avec, comme priorit&#233; absolue, la r&#233;conciliation franco-allemande. La premi&#232;re r&#233;alisation concr&#232;te fut la cr&#233;ation de la Communaut&#233; europ&#233;enne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'un apaisement par l'&#233;limination des raisons de la guerre fait appara&#238;tre l'impossibilit&#233; de sceller d&#233;finitivement la paix sur la seule base des bonnes volont&#233;s, des beaux discours ou des signatures de trait&#233;s de paix. Souhaiter, m&#234;me ardemment, la paix est loin d'&#234;tre suffisant. Plusieurs conditions sont &#224; remplir pour &#233;liminer les raisons de s'affronter. Les &#201;tats et leurs citoyens doivent partager des valeurs, avoir des int&#233;r&#234;ts convergents, accepter des formes de solidarit&#233; mat&#233;rielles, adh&#233;rer &#224; un r&#233;cit rassembleur et se sentir unis et prot&#233;g&#233;s au sein de fronti&#232;res claires et reconnues. Bref, les &#201;tats et leurs citoyens doivent s'identifier &#224; un espace politique, &#233;conomique et social commun qu'on nomme une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats. Bien entendu, les identit&#233;s pr&#233;existantes ne disparaissent pas car chaque citoyen continue d'appartenir &#224; son &#201;tat. Mais une nouvelle identit&#233;, plus englobante, vient s'ajouter aux pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, deux observations s'imposent. La construction d'une f&#233;d&#233;ration mondiale en vue d'installer la paix universelle n'est pas encore &#224; l'ordre du jour. En revanche, l'UE a accompli un remarquable parcours. Cette victoire de la paix doit &#234;tre sans cesse rappel&#233;e avec gratitude envers tous les artisans de l'Europe. Ne jouons pas avec cet acquis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme, un r&#233;gime constitutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats se caract&#233;rise par deux niveaux de souverainet&#233; : les &#201;tats membres et l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. Chaque &#201;tat membre a son gouvernement et son espace politique bien identifi&#233;. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral coiffe et coordonne l'ensemble. Le partage des comp&#233;tences entre les deux niveaux suit plusieurs lignes directrices : l'attachement aux int&#233;r&#234;ts communs, la solidarit&#233; entre les &#201;tats membres, la sauvegarde des diverses identit&#233;s et le respect des principes d&#233;mocratiques. En pratique, le principe dit de &#034;subsidiarit&#233;&#034; offre une bonne m&#233;thode pour le transfert des responsabilit&#233;s entre les deux niveaux. L'&#201;tat f&#233;d&#233;ral effectue les t&#226;ches et prend en charge tous les domaines qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;s efficacement par les &#201;tats membres. Selon ce principe, il appara&#238;t logique que l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral s'occupe des questions r&#233;galiennes, avec notamment la politique ext&#233;rieure et l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, aucune d&#233;cision de nature f&#233;d&#233;rale ne peut &#234;tre bloqu&#233;e par le veto d'un &#201;tat membre. Sinon, on retombe dans une d&#233;marche inter&#233;tatique o&#249; chaque &#201;tat souhaite garder l'enti&#232;re ma&#238;trise de sa souverainet&#233; nationale. Pour bien fonctionner une f&#233;d&#233;ration doit, en outre, se doter d'une Cour constitutionnelle puissante et ind&#233;pendante des pressions politiques. Sa mission est de garantir la constitution et d'arbitrer les conflits entre toutes les institutions de la f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Suisse, l'Allemagne, le Canada, le Br&#233;sil, l'Australie et l'Inde sont des exemples de f&#233;d&#233;rations. On en compte une trentaine parmi les 195 &#201;tats si&#233;geant &#224; l'ONU. Depuis deux si&#232;cles et demi, les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique (USA) repr&#233;sentent la f&#233;d&#233;ration de r&#233;f&#233;rence. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de rappeler que les colonies britanniques, devenues ind&#233;pendantes en 1776, se sont d'abord associ&#233;es en treize r&#233;publiques autonomes. Toutes entendaient ainsi pr&#233;server leur souverainet&#233;, surtout en mati&#232;re de politiques &#233;trang&#232;res et fiscales. Mais cet arrangement institutionnel poussa bien vite ces r&#233;publiques &#224; des rivalit&#233;s d&#233;l&#233;t&#232;res. Elles devenaient de plus incapables de faire front commun face aux menaces ext&#233;rieures. Un changement s'imposait. Apr&#232;s de vigoureuses discussions pour concevoir le meilleur arrangement possible, la Convention de Philadelphie de 1787 choisit, au nom du peuple am&#233;ricain, sa constitution. La premi&#232;re f&#233;d&#233;ration de l'histoire &#233;tait n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc fallu une dizaine d'ann&#233;es aux am&#233;ricains pour se persuader des avantages d'une f&#233;d&#233;ration. M&#234;me si comparaison n'est pas raison, les Europ&#233;ens doivent apprendre de cette p&#233;riode fondatrice, mais aussi se pencher sur le grand rat&#233; de l'int&#233;gration am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de S&#233;cession (1861-1865) rappelle en effet qu'une f&#233;d&#233;ration qui ne partage pas des valeurs essentielles et les m&#234;mes objectifs reste fragile et peut &#233;clater. Mais depuis cet affrontement, la solidit&#233; des USA a fait ses preuves. Les &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s regardent d&#233;sormais dans la m&#234;me direction, consentent &#224; payer des imp&#244;ts f&#233;d&#233;raux, acceptent des m&#233;canismes de solidarit&#233; et se d&#233;fendent sous la m&#234;me banni&#232;re. La preuve : tous les citoyens des 50 &#201;tats sont fiers d'&#234;tre am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e &#224; une f&#233;d&#233;ration &#224; part enti&#232;re, l'UE est singuli&#232;re. R&#233;gie par des trait&#233;s plut&#244;t que par une constitution, elle est d'essence intergouvernementale. Mais en m&#234;me temps, l'UE pr&#233;sente des attributs d'une f&#233;d&#233;ration. D'abord, en d&#233;tenant certaines comp&#233;tences propres. Ensuite, en poss&#233;dant une juridiction de nature r&#233;solument f&#233;d&#233;rale, la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne (CJUE). N&#233;anmoins, l'absence d'un gouvernement du peuple europ&#233;en bien identifiable par les citoyens suffit &#224; d&#233;montrer que l'UE est encore &#233;loign&#233;e d'une f&#233;d&#233;ration accomplie. D'ailleurs, la d&#233;mocratie europ&#233;enne reste d&#233;ficiente et la perception de l'UE par beaucoup d'Europ&#233;ens demeure floue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux traits saillants pointent la teneur intergouvernementale de l'UE : le r&#244;le cl&#233; du Conseil europ&#233;en et la r&#232;gle de l'unanimit&#233; (chaque &#201;tat membre peut mettre son veto &#224; une d&#233;cision).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes orientations politiques de l'UE sont exclusivement d&#233;termin&#233;es par les chefs d'&#201;tats et de gouvernements des &#201;tats membres au sein du Conseil europ&#233;en. Autrement dit, les choix d&#233;cisifs pour l'Europe sont effectu&#233;s par les &#201;tats membres. Ici, la Commission est seulement charg&#233;e de transcrire ces grandes orientations en textes l&#233;gislatifs. Lesquels seront ensuite vot&#233;s par le parlement europ&#233;en et le Conseil des ministres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s sont tr&#232;s pointilleux sur l'exigence d'unanimit&#233; des &#201;tats membres. Chacun d'entre eux peut dire non afin de prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts jug&#233;s vitaux. Le m&#233;canisme du veto vise explicitement les d&#233;cisions en mati&#232;res fiscale, budg&#233;taire et de politiques &#233;trang&#232;res. Gr&#226;ce au veto, les &#201;tats de l'UE gardent &#233;galement la ma&#238;trise des m&#233;canismes de r&#233;partition et de protection sociale. Bref, le veto est le symbole du maintien des souverainet&#233;s nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, l'UE poss&#232;de plusieurs dimensions f&#233;d&#233;rales. Elles sont incarn&#233;es par des institutions et des comp&#233;tences particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission, le Parlement europ&#233;en, la CJUE et la Banque centrale europ&#233;enne (BCE) sont des institutions de nature f&#233;d&#233;rale. Toutes agissent au nom du peuple europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion du march&#233; unique et la politique commerciale de l'Union rel&#232;vent des comp&#233;tences dites &#8220;exclusives&#8221; de l'UE. Elles sont prises en charge par la Commission. Pour ce qui concerne la zone euro, la politique mon&#233;taire est assur&#233;e, en pleine souverainet&#233;, par la BCE. Avec ici un probl&#232;me particulier puisque seulement 19 &#201;tats sur les 27 membres ont adopt&#233; la monnaie unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE est donc une institution tr&#232;s particuli&#232;re. Elle s'apparente &#224; une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats qui partageraient des &#233;l&#233;ments limit&#233;s de leurs souverainet&#233;s. Mais l'UE reste ancr&#233;e dans une logique intergouvernementale. Chaque &#201;tat membre entend rester ma&#238;tre du jeu dans les domaines r&#233;galiens, notamment les finances, la d&#233;fense et la politique &#233;trang&#232;re. La monnaie unique a donc ici une place &#224; part, avec une forte port&#233;e pratique et symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs, l'UE actuelle est fond&#233;e sur des trait&#233;s sign&#233;s entre &#201;tats souverains. Le passage &#224; un &#201;tat f&#233;d&#233;ral passera n&#233;cessairement par une constitution &#233;crite au nom des citoyens europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dynamique singuli&#232;re de l'int&#233;gration europ&#233;enne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 70 ans l'Europe progresse selon une dynamique originale. Au lendemain d'une guerre fratricide et des si&#232;cles de rivalit&#233;s intestines, les Europ&#233;ens n'&#233;taient pas pr&#234;ts pour cr&#233;er ex nihilo une f&#233;d&#233;ration. On ne tord pas le cours de l'histoire par un coup de force constitutionnel. Les P&#232;res de l'Europe communautaire l'avaient compris. La m&#233;thode choisie pour avancer et s&#233;dimenter la concorde entre les Europ&#233;ens fut celle des petits pas. Il fallait s'habituer &#224; coop&#233;rer dans certains domaines afin, de proche en proche, d'&#233;largir la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts communs. Au terme de ces effets d'entra&#238;nement, une forme de f&#233;d&#233;ration politique s'imposerait. Mais &#224; quelle &#233;ch&#233;ance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part (1951, trait&#233; CECA), les six &#201;tats fondateurs choisirent de g&#233;rer en commun le charbon et l'acier qui &#233;taient alors les nerfs de l'&#233;conomie, et de la guerre. Le second pas (1957, trait&#233; CEE sur la Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne) fut la construction d'une union douani&#232;re avec la libre circulation des marchandises entre les &#201;tats membres. Ce trait&#233; fondateur lan&#231;a &#233;galement les politiques europ&#233;ennes les plus marquantes : agriculture et coh&#233;sion r&#233;gionale. La grande &#233;tape suivante (1986, l'Acte unique) cr&#233;a l'Union europ&#233;enne et instaura le march&#233; unique avec l'abolition des fronti&#232;res internes pour les hommes travailleurs et les capitaux. Jusqu'&#224; arriver (1993, trait&#233; de Maastricht) &#224; la monnaie unique, avec sa cr&#233;ation effective en 1999. L'Union &#233;conomique et mon&#233;taire (UEM) a &#233;t&#233; accomplie. Mais peut-on alors se passer d'une union politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE fait d&#233;sormais face &#224; une discordance. L'int&#233;gration politique n'a pas accompagn&#233; l'int&#233;gration &#233;conomique et mon&#233;taire. La premi&#232;re balbutie et h&#233;site, les &#201;tats membres s'accrochant &#224; leurs souverainet&#233;s nationales. Tandis que l'UEM est parachev&#233;e. Les cons&#233;quences n&#233;gatives de ce d&#233;s&#233;quilibre sont consid&#233;rables. Partager un march&#233; unique et, surtout, une monnaie unique, implique un pilotage unifi&#233; de l'&#233;conomie. Un gouvernement de type f&#233;d&#233;ral s'impose. Sans cela, soit la construction se d&#233;litera assez vite, faute de coordination et de vis&#233;es communes. Soit les &#201;tats concern&#233;s acceptent de se doter d'un rigoureux et contraignant r&#232;glement de copropri&#233;t&#233; de leur monnaie unique afin de mettre en coh&#233;rence l'ensemble des politiques nationales. C'est exactement ce qui est inscrit dans les trait&#233;s sign&#233;s par les &#201;tats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors quel paradoxe ! Pour pr&#233;server leurs souverainet&#233;s politiques, les &#201;tats s'imposent des r&#232;gles qui ali&#232;nent la totalit&#233; de leur souverainet&#233; mon&#233;taire et une partie de leurs souverainet&#233;s &#233;conomiques et budg&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En zone euro, la politique mon&#233;taire est unique. Par cons&#233;quent, les &#201;tats concern&#233;s s'alignent n&#233;cessairement sur une strat&#233;gie mon&#233;taire unifi&#233;e. Un consensus s'est impos&#233;, une sorte de &#8220;d&#233;nominateur commun politique&#8221; : cr&#233;er une BCE ind&#233;pendante des pouvoirs politiques et lui donner comme objectif principal le maintien de la stabilit&#233; des prix sur l'ensemble de la zone. Par hypoth&#232;se, en l'absence d'union politique, les marges de man&#339;uvre de la politique mon&#233;taire unique sont toujours ligot&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux politiques &#233;conomiques nationales, elles subissent deux types de contraintes. D'une part, un encadrement strict des finances publiques &#224; travers le Pacte de stabilit&#233; et de croissance (PSC) et le Trait&#233; sur la stabilit&#233;, la coordination et la gouvernance (TSCG sign&#233; en 2012). D'autre part, une surveillance multilat&#233;rale des politiques &#233;conomiques nationales effectu&#233;e par la Commission au moyen de proc&#233;dures de contr&#244;le et d'incitations. Dans les deux cas, les souverainet&#233;s nationales sont entam&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons. Afin de maintenir, co&#251;te que co&#251;te les souverainet&#233;s nationales, la dynamique de l'int&#233;gration europ&#233;enne s'est concentr&#233;e sur l'&#233;conomie et la monnaie. Ce processus achev&#233;, l'Europe doit choisir. Rester arc-bout&#233;e sur les souverainet&#233;s nationales, ce qui revient &#224; subir un encadrement des &#233;conomies nationales. Ou prendre r&#233;solument le chemin du f&#233;d&#233;ralisme, ce qui para&#238;t plus sage et plus rationnel. Encore faut-il que les Europ&#233;ens soient convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de l'histoire, l'UE est une construction ambitieuse et exemplaire. Mais elle reste inachev&#233;e. Ses &#201;tats membres, charg&#233;s de leurs histoires et toujours aimant&#233;s par la notion de souverainet&#233; nationale n'osent pas franchir le pas du f&#233;d&#233;ralisme. En demeurant au milieu du gu&#233;, l'UE s'av&#232;re dans l'incapacit&#233; de se d&#233;ployer pleinement au service de ses citoyens et de ses &#201;tats membres. Mais pour pouvoir progresser, il faut bien identifier les obstacles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi les indiff&#233;rences, les doutes et les blocages ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a bient&#244;t trois quarts de si&#232;cle les P&#232;res de l'Europe avaient con&#231;u une m&#233;thode d'int&#233;gration calibr&#233;e pour aboutir &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Toutefois, cette derni&#232;re &#233;tape semble, pour le moment, difficile &#224; franchir. Les raisons sont multiples. On peut retracer les principales, sans pr&#233;tendre les hi&#233;rarchiser. Toutes nous &#233;clairent sur les indiff&#233;rences, les doutes et m&#234;me les oppositions des citoyens et des &#201;tats membres. Conna&#238;tre ces blocages est un pr&#233;alable pour avancer. La construction d'une Europe f&#233;d&#233;rale ne se fera pas en niant ou en contournant les r&#233;alit&#233;s politiques, &#233;conomiques, sociales, culturelles, doctrinales et &#233;motionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;largissements successifs ont ralenti la dynamique f&#233;d&#233;rale en accroissant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#201;tats. Aujourd'hui, les 27 membres n'attendent pas la m&#234;me chose de l'Europe. Comment alors trouver un commun accord pour une Europe f&#233;d&#233;rale ? D'ailleurs, question inconfortable, les pays fondateurs auraient-ils d&#233;j&#224; franchi le pas f&#233;d&#233;ral sans les &#233;largissements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux &#201;tats membres issus de l'ancien bloc socialiste, lib&#233;r&#233;s de la tutelle &#233;crasante du r&#233;gime sovi&#233;tique, sont entr&#233;s dans l'UE &#224; partir de 2004 pour b&#233;n&#233;ficier de la libert&#233; et d'un grand march&#233; porteur de progr&#232;s &#233;conomiques. Leur priorit&#233; n'&#233;tait pas d'&#339;uvrer &#224; la construction d'un &#201;tat f&#233;d&#233;ral. Il leur faudra du temps pour se sentir vraiment concern&#233;s par une Europe politique. Nous devons accepter l'histoire et ses mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une Europe &#224; plusieurs vitesses faciliterait la formation d'une f&#233;d&#233;ration autour de quelques &#201;tats. Cette question d'une &#8220;avant-garde&#8221; est d'autant plus l&#233;gitime que la zone euro a d&#233;j&#224; un statut particulier. Mais les trait&#233;s sont construits sur l'id&#233;e que tous les membres doivent avancer au m&#234;me rythme. &#192; vouloir attendre tout le monde pour franchir la ligne d'arriv&#233;e, l'Europe se coupe les ailes et restreint ses ambitions. Les trait&#233;s autorisent cependant deux types de d&#233;rogations. La &#8220;coop&#233;ration renforc&#233;e&#8221; permet &#224; au moins neuf &#201;tats de coop&#233;rer afin d'acc&#233;l&#233;rer la r&#233;alisation d'un des objectifs de l'Union, mais tout cela dans le strict respect des trait&#233;s. &#192; l'inverse, le &#8220;statut d&#233;rogatoire&#8221; admet qu'un &#201;tat puisse b&#233;n&#233;ficier d'un statut sp&#233;cial moins contraignant au regard des dispositions g&#233;n&#233;rales du droit de l'Union. &#192; titre d'exemple, les &#201;tats hors zone euro ont un statut d&#233;rogatoire. Mais la r&#232;gle reste l'uniformit&#233;. D'o&#249; les difficult&#233;s d'aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe n'est pas encore une puissance cr&#233;dible et reconnue dans le concert des nations. Elle n'a ni arm&#233;e, ni politique &#233;trang&#232;re unique. La preuve la plus tangible est apport&#233;e par le r&#244;le de l'OTAN comme protecteur ultime de l'int&#233;grit&#233; de beaucoup d'&#201;tats membres. Former une union politique tout en renon&#231;ant &#224; une d&#233;fense autonome est contradictoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ligne de partage, les droits de l'homme. Pour beaucoup de citoyens, l'Europe se montre trop conciliante dans sa mission d'imposer le respect des droits de l'homme. Tandis que pour d'autres, elle est trop invasive et sans &#233;gard pour les &#8220;sp&#233;cificit&#233;s&#8221; nationales. La m&#233;thode du compromis, une des cl&#233;s du fonctionnement de l'UE, est d'un faible secours pour r&#233;gler ce sujet. La pr&#233;sence, depuis quelques ann&#233;es, de d&#233;mocraties illib&#233;rales au sein de l'UE entame chez certains citoyens l'envie de construire une Europe f&#233;d&#233;rale qui n&#233;gligerait les valeurs fondatrices de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat social (l'&#201;tat providence) reste associ&#233; &#224; l'&#201;tat-nation. Rien de surprenant au demeurant puisque les trait&#233;s ne donnent pas de v&#233;ritables comp&#233;tences sociales &#224; l'UE. Tout d&#233;pend encore des &#201;tats. Ce point est crucial car les m&#233;canismes de redistribution et de prise en charge des risques individuels et collectifs sont fondateurs du sentiment d'appartenance &#224; une collectivit&#233; politique. Un &#201;tat f&#233;d&#233;ral joue sur ces sujets un double r&#244;le. Il intervient directement dans les m&#233;canismes financiers constitutifs de l'&#201;tat social. Il impulse, facilite et contr&#244;le le processus d'homog&#233;n&#233;isation des syst&#232;mes sociaux des &#201;tats membres. L'UE n'est pas encore dans cette situation. D'ailleurs les Europ&#233;ens per&#231;oivent parfaitement l'aspect incantatoire de souhaiter une f&#233;d&#233;ration sans la mise en &#339;uvre effective de la convergence des syst&#232;mes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les espaces politiques nationaux sont bien plus lisibles que l'espace politique europ&#233;en. Les partis transnationaux sont absents et la perception des grands enjeux politiques demeure nationale. L'UE reste lointaine et compliqu&#233;e dans le regard des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Europ&#233;ens, l'UE est entrav&#233;e par des m&#233;canismes d&#233;cisionnels complexes, lourds et insuffisamment d&#233;mocratiques. Par contraste, les espaces nationaux rassurent et semblent plus efficaces et plus transparents. Les plus-values apport&#233;es par l'Europe apparaissent aux citoyens d&#233;sordonn&#233;es et mal identifiables. L'Europe est per&#231;ue comme plus pr&#233;occup&#233;e par le bon fonctionnement du march&#233; unique que par le bien-&#234;tre de ses citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits nationaux &#233;crasent le r&#233;cit europ&#233;en. On observe encore beaucoup de flou &#224; propos de l'identit&#233; europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de l'absence de peuple europ&#233;en est r&#233;current. Mais en d&#233;mocratie, le peuple se forme en partageant des int&#233;r&#234;ts communs dans le cadre d'un espace politique reconnu par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure du veto o&#249; un seul &#201;tat membre peut bloquer une d&#233;cision plombe l'image d'une Europe solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une f&#233;d&#233;ration se construit sur des droits et des devoirs. La solidarit&#233; entre les &#201;tats membres ne doit pas &#234;tre v&#233;cue &#224; sens unique. Parler d'&#201;tats frugaux et d'&#201;tats du Club m&#233;d. offre une m&#233;diocre envie d'Europe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la langue commune reste r&#233;currente. Mais plusieurs f&#233;d&#233;rations sont multilingues !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le frein des egos ne doit pas non plus &#234;tre n&#233;glig&#233;. En effet, le passage &#224; un &#201;tat f&#233;d&#233;ral implique un gouvernement f&#233;d&#233;ral, ce qui d&#233;classerait automatiquement les personnels politiques nationaux dans la hi&#233;rarchie des pouvoirs. Sont-ils pr&#234;ts &#224; ce sacrifice ? &#8220;On a rarement vu les dindes envoyer les invitations pour le repas de No&#235;l' dit un proverbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les raisons &#233;num&#233;r&#233;es ci-dessus se cumulent pour expliquer la ti&#232;de volont&#233; de beaucoup de citoyens et de gouvernements des &#201;tats membres pour le passage &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Sans compter ceux -citoyens et gouvernements- qui sont r&#233;solument hostiles &#224; tout transfert de souverainet&#233; vers l'Europe et souhaitent, au contraire, un d&#233;tricotage de l'UE. Ou la sortie pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une cause moins imm&#233;diatement identifiable que celles list&#233;es ci-dessus semble devoir &#234;tre mise &#224; part. Elle est &#224; la fois diffuse et d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine &#233;conomique et sociale de l'Europe a &#233;t&#233; totalement impr&#233;gn&#233;e par la r&#233;volution dite n&#233;olib&#233;rale entam&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1970. Le march&#233; devait r&#233;gler tous les probl&#232;mes. La concurrence d&#233;r&#233;gul&#233;e devenait le moteur incontest&#233; de la croissance et du bien-&#234;tre. La th&#233;orie du ruissellement assurerait une augmentation du niveau de vie des plus pauvres. L'interventionnisme devint un gros mot et les politiques industrielles &#233;taient ringardis&#233;es. Bref, la politique devait le plus possible se retirer des affaires publiques, qu'elles soient &#233;conomiques, sociales ou mon&#233;taires. Mais ce n'est pas tout. Le processus de convergence des &#233;conomies europ&#233;ennes devait lui aussi se r&#233;aliser par le recours &#224; l'efficience des march&#233;s et &#224; la concurrence. Les &#201;tats, les r&#233;gions, les salari&#233;s devaient entrer en comp&#233;tition et profiter ainsi des bienfaits de la mondialisation. Au lieu de parler de solidarit&#233;, l'Europe valorisait le chacun pour soi et l'individualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde n&#233;olib&#233;ral a eu des effets d&#233;l&#233;t&#232;res pour la construction d'une Europe politique. Ce manque d'ambition est d'ailleurs venu de plusieurs bords politiques. Les adeptes du &#8220;tout march&#233;&#8221; &#233;taient satisfaits du statu quo. L'UE avait &#8220;fait le job&#8221; : un march&#233; unique, une monnaie unique, des finances publiques bien encadr&#233;es, de belles r&#232;gles de concurrence libre et non fauss&#233;e. Pourquoi aller plus loin et se lancer dans la construction d'une f&#233;d&#233;ration ? L'Europe des march&#233;s suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;, beaucoup d'Europ&#233;ens n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; consid&#233;rer le culte de l'efficience des march&#233;s financiers et les vertus de la flexibilit&#233; du march&#233; du travail comme des arguments convaincants pour aspirer &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Le march&#233; unique et l'euro, tels que d&#233;finis dans les trait&#233;s et v&#233;cus par ces Europ&#233;ens, apparaissent avant tout comme des questions techniques sans rapport avec un projet de soci&#233;t&#233;. Selon eux, l'Europe n&#233;olib&#233;rale et technocratique ne d&#233;ployait pas l'envergure n&#233;cessaire pour constituer le moteur d'une Europe politique. L'Europe des trait&#233;s ne faisait pas songer &#224; plus d'int&#233;gration, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, soit cette Europe suffisait, soit elle d&#233;cevait. Pi&#232;tre contexte pour aspirer &#224; l'Europe politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre motiv&#233; par la raison et par le c&#339;ur pour &#339;uvrer &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Pour advenir, cette Europe devra &#224; la fois convaincre de son utilit&#233;, d&#233;montrer qu'elle est forte et protectrice et, osons le dire, faire r&#234;ver d'un monde meilleur. Vaste programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est en droit d'&#234;tre surpris, dans un texte &#233;crit par un f&#233;d&#233;raliste convaincu, de l'insistance &#224; d&#233;busquer les freins &#224; la mise en place d'un f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en. Mais pour avancer, vraiment, il faut faire preuve &#224; la fois de r&#233;alisme et de d&#233;termination. Deux citations connues r&#233;sument excellemment cette perspective. Selon Albert Camus, &#8220;mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde&#8221;. Tandis que Antonio Gramsci nous engage &#224; &#8220;avoir le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme de la volont&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le besoin d'Europe face aux enjeux et aux d&#233;fis contemporains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux et les d&#233;fis contemporains provoquent une forme d'alignement des plan&#232;tes qui plaide en faveur d'une Europe f&#233;d&#233;rale. Les arguments se regroupent autour de plusieurs th&#232;mes : les aspirations &#224; une soci&#233;t&#233; plus inclusive, plus qualitative et apais&#233;e ; les nouvelles donnes en mati&#232;re de souverainet&#233; et d'autonomie strat&#233;gique ; l'indispensable mutualisation des probl&#232;mes environnementaux, climatiques et sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la doctrine &#233;conomique et sociale a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e. Plusieurs &#233;l&#233;ments contribuent &#224; remettre en cause le n&#233;olib&#233;ralisme comme syst&#232;me ind&#233;passable. Les atteintes contre la nature, la croissance des in&#233;galit&#233;s des revenus et des patrimoines sont de plus en plus associ&#233;es au fonctionnement de l'&#233;conomie ultra lib&#233;rale. La crise financi&#232;re de 2008, puis la crise sanitaire actuelle, conduisent, elles aussi, &#224; une remise en cause de la vision n&#233;olib&#233;rale. D&#233;sormais, beaucoup de citoyens aspirent &#224; un retour de l'&#201;tat social et &#224; des formes d'interventionnisme. Plus que jamais les &#201;tats de l'UE tireraient avantage &#224; s'unir politiquement pour guider les citoyens et les &#201;tats vers la construction d'une soci&#233;t&#233; plus solidaire et plus apais&#233;e. Le temps de la concurrence entre les &#201;tats est d&#233;pass&#233;, celui de la coh&#233;sion et de l'unit&#233; est r&#233;clam&#233;. Faire de l'Europe un espace &#233;conomique et social exemplaire qui promeut le bien &#234;tre qualitatif, la connaissance et les valeurs humanistes devrait entra&#238;ner l'adh&#233;sion de beaucoup d'Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe f&#233;d&#233;rale est en capacit&#233; de porter un projet de soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;reux et novateur. Par contre, une telle ambition serait bien plus difficile &#224; mener &#224; bien si elle devait &#234;tre conduite par des &#201;tats membres isol&#233;s, sans le support et la vaillance de l'ensemble de la f&#233;d&#233;ration. Soyons r&#233;alistes, dans un monde gouvern&#233; par les rapports de force et le poids des tr&#232;s grands pays, aucun &#201;tat europ&#233;en, pris individuellement, n'aurait d'autres choix que de suivre des normes politiques, &#233;conomiques et soci&#233;tales impos&#233;es par d'autres. On ne refait pas le monde tout seul. Il faut une dynamique collective puissante et cr&#233;dible pour modifier le cours des choses. L'Europe ferait fi&#232;re figure en r&#233;visant haut et fort la trajectoire &#233;conomique et sociale suivie depuis quatre d&#233;cennies. Et les Europ&#233;ens seraient fiers de b&#226;tir ensemble un r&#233;cit commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un &#201;tat, la souverainet&#233; consiste &#224; choisir librement ses valeurs, son r&#233;gime politique, ses grands choix strat&#233;giques et son destin. La souverainet&#233;, c'est &#233;galement &#234;tre en capacit&#233; de d&#233;fendre son int&#233;grit&#233; territoriale, de contr&#244;ler ses fronti&#232;res, de faire pr&#233;valoir ses int&#233;r&#234;ts dans le monde et de mener des alliances avec d'autres pays en toute ind&#233;pendance. Ici encore un petit pays -en termes relatifs- n'a pas cette autonomie. Il est soumis &#224; la force et aux vis&#233;es des &#201;tats mastodontes, mais aussi aux strat&#233;gies des grandes firmes multinationales (industrielles, commerciales et financi&#232;res). S'il est formellement souverain, un &#201;tat, petit ou moyen, ne l'est pas dans la r&#233;alit&#233;. &#192; l'aune du monde d'aujourd'hui -et de demain- aucun &#201;tat europ&#233;en, m&#234;me le plus grand, ne pourra exercer pleinement sa souverainet&#233;. Son poids dans la g&#233;opolitique et dans la dynamique de la mondialisation sera faible, et m&#234;me d&#233;risoire. En revanche, l'Europe est en pleine capacit&#233; de choisir et d'assumer son destin gr&#226;ce &#224; son autonomie strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les expressions de la puissance d&#233;passent d&#233;sormais le nombre de canons et d'ogives nucl&#233;aires. Le &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; est &#233;galement &#224; l'&#339;uvre. Autrement dit, la g&#233;opolitique mondiale est gouvern&#233;e par le poids &#233;conomique des &#201;tats, les influences culturelles et id&#233;ologiques, les investissements et les prises de participation dans des &#233;conomies &#233;trang&#232;res et les capacit&#233;s &#224; d&#233;stabiliser d'autres pays. Le pouvoir d&#233;pend aujourd'hui, en plus des arsenaux militaires, de la d&#233;tention des mati&#232;res premi&#232;res et des produits rares, de la ma&#238;trise des cha&#238;nes de valeurs, du contr&#244;le des routes commerciales et des circuits financiers, des capacit&#233;s &#224; discipliner les circuits d'information et de stockage des donn&#233;es virtuelles. Contrecarrer et ma&#238;triser le &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt; n'est pas &#224; la port&#233;e d'un &#201;tat europ&#233;en isol&#233;. Dans ce nouveau monde, seul un &#201;tat continent d&#233;tient un poids suffisant pour peser et compter sur la sc&#232;ne internationale. Pas de m&#233;prise ici, les petits pays, plus ou moins coffres forts des immenses fortunes mondiales peuvent sembler &#224; l'abri. Mais c'est parce qu'ils sont utiles et qu'ils ne sont d'aucun danger pour les plus grands. Au contraire, ils sont &#224; leurs dispositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect d&#233;terminant et vital, au sens propre, la souverainet&#233; alimentaire. L'ind&#233;pendance en mati&#232;re agricole en vue d'approvisionner en quantit&#233;s suffisantes les populations est &#233;galement un &#233;l&#233;ment de l'autonomie strat&#233;gique. De par sa diversit&#233; g&#233;ographique et climatique et l'&#233;tendue de ses terres fertiles et de ses ressources halieutiques, l'Europe est ici encore en capacit&#233; d'assurer sa souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pineuse question de l'immigration est elle aussi au centre de la souverainet&#233; europ&#233;enne. L'Europe, continent vieillissant, doit s'ouvrir pour rester une &#233;conomie prosp&#232;re. Mais l'essentiel de la question migratoire d&#233;coule de trois immenses d&#233;fis : les pressions d&#233;mographiques venant notamment d'Afrique ; l'accueil des r&#233;fugi&#233;s fuyant les totalitarismes ; les naufrag&#233;s des changements climatiques. Ici encore, la solution passe par l'Europe. Partager un espace &#233;conomique, poss&#233;dant une fronti&#232;re ext&#233;rieure unique, sans une politique migratoire unique est intenable techniquement et politiquement. Les drames migratoires d&#233;chirent la conscience des Europ&#233;ens et alimentent des rivalit&#233;s pernicieuses entre les &#201;tats membres. Face &#224; ces tensions, une Europe f&#233;d&#233;rale serait plus efficace et contribuerait &#224; souder les Europ&#233;ens. D&#233;cider d'accueillir ensemble, dans le cadre d'une politique partag&#233;e, constitue &#224; la fois un vecteur d'identit&#233; collective et la manifestation d'une puissance s&#251;re d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;alement, les probl&#232;mes environnementaux, climatiques et sanitaires devraient &#234;tre trait&#233;s au niveau mondial. M&#234;me si des rencontres type COP (&lt;i&gt;Conferences of the parties&lt;/i&gt;) ou des organisations comme l'OMS (Organisation mondiale de la sant&#233;) agissent au nom de la communaut&#233; internationale, on reste dans une logique intergouvernementale o&#249; chacun d&#233;fend ses propres int&#233;r&#234;ts. Deux s&#233;ries de raisons justifient que ces questions soient prises en charge par une Europe de nature f&#233;d&#233;rale. D'abord, la dimension de l'espace g&#233;ographique europ&#233;en est telle que des d&#233;cisions prises &#224; son niveau auront des impacts significatifs dans le traitement de ces probl&#232;mes. Tous les Europ&#233;ens en profiteront directement. Un &#201;tat peut bien s&#251;r agir seul, mais ces questions sont plan&#233;taires ou, au minimum, continentales. Ensuite, en parlant d'une seule voix, l'Europe a beaucoup plus de chances de peser sur les n&#233;gociations internationales. Elle pourrait alors s'appuyer sur son exemplarit&#233; pour faire valoir aupr&#232;s de la communaut&#233; internationale des normes et des ambitions dont toute la communaut&#233; mondiale b&#233;n&#233;ficierait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous conclurons ces r&#233;flexions concernant l'Europe et le f&#233;d&#233;ralisme sur un probl&#232;me complexe et sur th&#232;me intrigant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me complexe, mais qu'il faudra trancher, vite, est celui de l'Europe &#224; plusieurs vitesses ou &#224; plusieurs cercles. &#192; 27 &#201;tats membres et dans l'&#233;tat actuel des choses, il est illusoire de vouloir basculer tous ensemble dans une f&#233;d&#233;ration. Trop de diff&#233;rences, trop d'ambitions divergentes demeurent. D'o&#249; les blocages. Il faut avoir le courage politique de desserrer cette contrainte en permettant aux &#201;tats qui le souhaitent d'avancer plus vite. Sans naturellement fermer la porte derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me intriguant pointe le d&#233;calage entre le raisonnable et les r&#233;alisations concr&#232;tes. Pourquoi, alors que beaucoup d'arguments rationnels militent en faveur d'une avanc&#233;e significative vers une Europe f&#233;d&#233;rale, l'histoire progresse-t-elle si lentement ? Ou, exprim&#233; autrement, comment se fait-il que de nombreux citoyens se proclament pro europ&#233;ens et favorables &#224; une plus grande int&#233;gration politique, alors que leurs paroles semblent &#234;tre devenues des lieux communs, sans effets palpables, sans v&#233;ritables passions ? En laissant de c&#244;t&#233; les nationalistes convaincus et les pourvoyeurs d'id&#233;ologies illib&#233;rales, donc une petite minorit&#233;, le manque d'enthousiasme des Europ&#233;ens pour une Europe f&#233;d&#233;rale rel&#232;ve probablement tout autant du monde des &#233;motions, des sentiments et des ressentis que de la pure rationalit&#233;. En fait, nous sommes ici confront&#233;s &#224; des enjeux &#233;conomiques, sociaux et politiques, mais aussi &#224; la complexit&#233; des hommes, &#224; la capacit&#233; de nous lib&#233;rer des id&#233;es re&#231;ues et aux m&#233;andres des histoires collectives. Assumons-le. Pour aller de l'avant, il ne suffit pas de convaincre par la raison, il faut aussi d&#233;sirer l'Europe et adh&#233;rer &#224; la construction d'un r&#233;cit commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;tat de droit : une marche arrie&#768;re peu glorieuse</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel D&#233;voluy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le dernier Conseil europe&#769;en de de&#769;cembre 2020 laisse un gou&#770;t amer. Les premie&#768;res re&#769;actions a&#768; chaud sugge&#768;rent l'ide&#769;e d'un compromis prometteur sur le respect de l'e&#769;tat de droit. Mais la lecture attentive des Conclusions officielles de cette re&#769;union re&#769;ve&#768;le une autre tonalite&#769;. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Conseil europe&#769;en du 21 juillet 2020 adopta deux lignes de&#769;terminantes pour le futur de l'Europe : le Cadre financier pluriannuel (CFP) de&#769;finissant les budgets de la pe&#769;riode 2021-2027 et le plan de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.uef.fr/tribunes-9-9-9" rel="directory"&gt;Tribunes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dernier Conseil europe&#769;en de de&#769;cembre 2020 laisse un gou&#770;t amer. Les premie&#768;res re&#769;actions a&#768; chaud sugge&#768;rent l'ide&#769;e d'un compromis prometteur sur le respect de l'e&#769;tat de droit. Mais la lecture attentive des Conclusions officielles de cette re&#769;union re&#769;ve&#768;le une autre tonalite&#769;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Conseil europe&#769;en du 21 juillet 2020 adopta deux lignes de&#769;terminantes pour le futur de l'Europe : le Cadre financier pluriannuel (CFP) de&#769;finissant les budgets de la pe&#769;riode 2021-2027 et le plan de relance exceptionnel &#8220;Next generation EU&#8221; lie&#769; a&#768; la crise du Covid. L'enjeu e&#769;tait de taille. D'abord par l'ampleur des sommes : un total de 1100 milliards d'euros pour les sept budgets annuels plus 750 milliards de&#769;die&#769;s a&#768; la relance. Ensuite par la porte&#769;e politique, car l'UE allait, avec l'emprunt pour Next generation EU, cre&#769;er une dette commune, ce qui est une premie&#768;re. Le Conseil europe&#769;en ne posse&#769;dant pas le pouvoir le&#769;gislatif, ces directives ne&#769;cessitent, comme toujours, l'accord du Conseil des ministres (le Conseil) et du Parlement europe&#769;en (PE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soumettre la distribution des fonds europe&#769;ens au respect de l'e&#769;tat de droit e&#769;tait une question depuis longtemps dans l'air. Sujet tre&#768;s sensible, il restait en suspens. La perspective de devoir emprunter 750 milliards a acce&#769;le&#769;re&#769; les choses, notamment sous la pression des Etats &#8220;frugaux&#8221;. A&lt;br class='autobr' /&gt;
pporter de nouvelles subventions europe&#769;ennes aux Etats membres devait avoir une contrepartie par rapport aux valeurs. Le 5 novembre 2020, la majorite&#769; du Conseil et le PE se mirent d'accord sur l'instauration d'un me&#769;canisme visant a&#768; conditionner le versement des fonds europe&#769;ens au respect de l'e&#769;tat de droit. Un beau principe e&#769;tait pose&#769;, fermement croyait-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pologne et la Hongrie e&#769;taient ici clairement vise&#769;es. D'ailleurs, ces deux E&#769;tats ont imme&#769;diatement re&#769;agi en contestant la le&#769;galite&#769; d'un tel me&#769;canisme au regard des traite&#769;s europe&#769;ens. Et, surtout, en rappelant qu'ils avaient entre leurs mains une arme redoutable : le veto sur les budgets. Bref, ces deux pays de&#769;tenaient la cle&#769; d'acce&#768;s des 27 Etats membres aux 1850 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur menace e&#769;tait parfaitement cre&#769;dible car les traite&#769;s requie&#768;rent l'unanimite&#769; des Etats membres (c'est a&#768; dire du Conseil) a&#768; deux moments cle&#769;s : l'adoption de&#769;finitive du CFP (ici 1100 milliards) et la validation de nouvelles ressources propres (ici 750 milliards). Le dilemme e&#769;tait alors clairement pose&#769; : 1850 milliards ou e&#769;tat de droit ? Irait-on vers un compromis, un recul de la Pologne et la Hongrie ou un renoncement a&#768; des principes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation s'est de&#769;bloque&#769;e au Conseil europe&#769;en des 10 et 11 de&#769;cembre 2020. De&#769;sormais, e&#769;crivent 27 Chefs d'Etats et de gouvernements dans leur Conclusion, le re&#768;glement sur la conditionnalite&#769; ne portera plus sur l'e&#769;tat de droit en tant que tel, mais sur la protection du budget de l'union.&lt;br class='autobr' /&gt;
Belle pirouette, chacun gardant la face. L'enjeu est clair : avancer vite afin de permettre aux fonds europe&#769;ens d'alimenter le plus rapidement possible les 27 budgets nationaux, particulie&#768;rement sous tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Conclusions du Conseil europe&#769;en sont en effet e&#769;clairantes et nous les re&#769;sumons ci-apre&#768;s (pour le texte inte&#769;gral, voir la partie &#8220;CFP/NEXT GENERATION EU&#8221;, Conseil europe&#769;en Bruxelles, 11 de&#769;cembre 2020, EUCO 22/20). &lt;a href=&#034;https://www.consilium.europa.eu/.../europe.../2020/12/10-11/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.consilium.europa.eu/.../europe.../2020/12/10-11/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord rappele&#769; que l'Union est fonde&#769;e sur des valeurs et sur l'e&#769;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'il existe des proce&#769;dures spe&#769;cifiques permettant aux Etats-membres de re&#769;agir aux violations de ces principes (articles 2 et 7 du TUE). Puis le registre change. Il n'est plus question des valeurs, mais d'un &#8220;re&#769;gime ge&#769;ne&#769;ral de conditionnalite&#769; pour la protection du budget de l'Union&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil europe&#769;en souligne alors que la mise en pratique de ce futur re&#768;glement devra e&#770;tre conduite a&#768; la lumie&#768;re de l'article 4, paragraphe 2, du TUE. Or cet article stipule que l'Union doit respecter les identite&#769;s nationales des E&#769;tats membres, identite&#769;s qui sont inhe&#769;rentes aux structures politiques et constitutionnelles fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'accent passe du socle des valeurs communes au respect des spe&#769;cificite&#769;s nationales. Ceci n'a rien d'anodin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Conseil europe&#769;en de poursuivre : &#8220;L'objectif du re&#768;glement relatif a&#768; un re&#769;gime ge&#769;ne&#769;ral de conditionnalite&#769; pour la protection du budget de l'Union est de prote&#769;ger le budget de l'Union, y compris Next Generation EU, sa bonne gestion financie&#768;re et les inte&#769;re&#770;ts financiers de l'Union&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout, car il est e&#769;crit plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Les mesures au titre du me&#769;canisme devront e&#770;tre proportionne&#769;es a&#768; l'incidence des violations de l'e&#769;tat de droit sur la bonne gestion financie&#768;re du budget de l'Union ou sur les inte&#769;re&#770;ts financiers de l'Union, et le lien de causalite&#769; entre ces violations et les conse&#769;quences ne&#769;gatives pour les inte&#769;re&#770;ts financiers de l'Union devra e&#770;tre suffisamment direct et du&#770;ment e&#769;tabli. &#8203;La simple constatation de l'existence d'une violation de l'e&#769;tat de droit ne suffit pas a&#768; de&#769;clencher le me&#769;canisme.&#8203; &#8221; C'est nous qui soulignons, tant le propos est explicite. L'objectif de l'accord du 5 novembre entre le Conseil des ministres et le PE est donc oublie&#769;. L'e&#769;tat de droit est mis en sourdine, place a&#768; la se&#769;curite&#769; financie&#768;re et a&#768; la bonne gestion du budget. Pourquoi pas ! Mais alors comment soutenir qu'il s'agit ici d'un compromis par rapport aux positions initiales ? On a la&#768; une marche arrie&#768;re, dissimule&#769;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conforme&#769;ment au fonctionnement de l'UE, la Commission va de&#769;sormais proposer un texte conforme aux directives du Conseil europe&#769;en. Ensuite, le Conseil et le PE voteront le texte final. En cas de litige, il appartiendra a&#768; la Cour de justice de l'Union (CJUE) de veiller a&#768; la conformite&#769; du futur re&#768;glement aux principes pose&#769;s par les traite&#769;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, pre&#769;cise le Conseil europe&#769;en, la proce&#769;dure de validation du CFP 2021-2027 et du plan de relance Next generation EU doit aller rapidement jusqu'a&#768; son terme. Le Conseil des ministres et le PE vont donc devoir voter, le premier a&#768; l'unanimite&#769;. De plus, l'autorisation d'emprunt des 750 milliards d'euros devra e&#770;tre accepte&#769;e par les 27 Etats membres en fonction de leurs exigences constitutionnelles respectives. On est donc pas a&#768; l'abri d'une nouvelle surprise qui remettrait l'e&#769;tat de droit au centre des discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Devoluy, Pr&#233;sident UEF Sud-France&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enjeux et d&#233;fis de la zone euro : de l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; d'une f&#233;d&#233;ration politique</title>
		<link>https://www.uef.fr/enjeux-et-defis-de-la-zone-euro-de-l-imperieuse-necessite-d-une-federation</link>
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		<dc:date>2018-01-02T09:16:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel D&#233;voluy</dc:creator>


		<dc:subject>euro</dc:subject>

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&lt;p&gt;Michel D&#233;voluy, Professeur &#233;m&#233;rite, Universit&#233; de Strasbourg, est membre de l'Union des F&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et membre du Comit&#233; de soutien de Stand up for Europe. Il a pr&#233;sent&#233; en 2017 une s&#233;rie de conf&#233;rences sur l'int&#233;gration de la zone euro en PACA et &#224; Lyon. En important sp&#233;cialiste de l'euro, il donne ici sa vision de l'avenir de notre monnaie commune. &lt;br class='autobr' /&gt; Cette note souhaite contribuer &#224; &#233;clairer les d&#233;bats sur l'avenir de la zone euro. L'objectif est de synth&#233;tiser les enjeux et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.uef.fr/tribunes-9-9-9" rel="directory"&gt;Tribunes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.uef.fr/euro" rel="tag"&gt;euro&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.uef.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton634-f9f42.png?1689232135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Michel D&#233;voluy, Professeur &#233;m&#233;rite, Universit&#233; de Strasbourg, est membre de l'Union des F&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et membre du Comit&#233; de soutien de Stand up for Europe. Il a pr&#233;sent&#233; en 2017 une s&#233;rie de conf&#233;rences sur l'int&#233;gration de la zone euro en PACA et &#224; Lyon. En important sp&#233;cialiste de l'euro, il donne ici sa vision de l'avenir de notre monnaie commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette note souhaite contribuer &#224; &#233;clairer les d&#233;bats sur l'avenir de la zone euro. L'objectif est de synth&#233;tiser les enjeux et les d&#233;fis de la monnaie unique afin de justifier la n&#233;cessit&#233; de progresser rapidement vers un vrai f&#233;d&#233;ralisme et, en attendant, de mieux comprendre les discussions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Afin de ne pas trop contrarier les souverainet&#233;s nationales, les trait&#233;s actuels passent tr&#232;s largement &#224; c&#244;t&#233; du r&#244;le int&#233;grateur de l'euro et fragilisent son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;rilleuse frilosit&#233; est identifi&#233;e ici &#224; travers deux th&#232;mes : Le r&#244;le d&#233;volu &#224; la monnaie unique et les conditions &#224; remplir pour r&#233;ussir la cr&#233;ation d'une nouvelle zone mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dispositions des textes officiels r&#233;duisent l'euro &#224; la mission de parachever le march&#233; unique et n&#233;gligent ses capacit&#233;s &#224; devenir un des vecteur fondateurs d'un contrat social et politique entre les Europ&#233;ens. Les trait&#233;s r&#233;pugnent &#233;galement &#224; imposer aux Etats la convergence indispensable au succ&#232;s irr&#233;versible de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette note montre que le refus d'une int&#233;gration politique conduit la zone euro &#224; se soumettre &#224; un f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire qui s'incarne &#224; travers de r&#232;gles et une surveillance multilat&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire a certes permis la cr&#233;ation de l'euro, mais il g&#233;n&#232;re des inefficacit&#233;s &#233;conomiques, un manque de d&#233;mocratie et, finalement, perplexit&#233; et d&#233;senchantement aupr&#232;s des Europ&#233;ens. La solution est connue, mais le chemin vers un f&#233;d&#233;ralisme politique est entrav&#233; par les &#233;gos nationaux. Il est grand temps d'ouvrir sur ces sujets des d&#233;bats citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Un contexte g&#233;n&#233;ral important &#224; rappeler sous forme de cinq remarques contextualisant les difficult&#233;s de la zone euro :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1-L'Europe est une construction en tension entre l'intergouvernemental et le f&#233;d&#233;ral, d'o&#249; des conflits de souverainet&#233;s. Le r&#233;sultat est un manque de d&#233;mocratie, une identit&#233; floue et une tutelle des r&#232;gles sur la monnaie et l'&#233;conomie (ce que je nomme le f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2-L'Europe demeure un espace trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Les Etats diff&#232;rent par leurs structures &#233;conomiques, sociales et politiques ; leurs performances &#233;conomiques ; la couleur politique de leurs gouvernements ; leurs attentes face &#224; l'Europe. D'o&#249; les difficult&#233;s &#224; mettre en place des politiques traduisant des objectifs communs ambitieux. Ces politiques doivent en effet satisfaire tous les Etats en recherchant le plus consensuel des d&#233;nominateurs communs. Il en r&#233;sulte une convergence vers des politiques peu interventionnistes et une pr&#233;f&#233;rence pour les r&#233;gulations par le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3-L'Europe pratique une solidarit&#233; minimale. Les &#233;go&#239;smes nationaux continuent &#224; pr&#233;valoir. Cela se traduit par un budget commun minimal, l'absence d'imp&#244;ts europ&#233;ens et une concurrence fiscale et sociale entre les Etats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4-Des r&#233;ponses incompl&#232;tes et parfois violentes face &#224; la crise d&#233;clench&#233;e en 2008. Parmi les avanc&#233;es positives : Des mesures non conventionnelles de la part de la BCE visant &#224; fournir plus de liquidit&#233;s aux banques, une nouvelle supervision financi&#232;re, un m&#233;canisme de solidarit&#233; conditionnelle (le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233;) et un renforcement de la surveillance macro&#233;conomique. C&#244;t&#233; n&#233;gatif : Une violence qui s'est manifest&#233;e dans des cures d'aust&#233;rit&#233; excessives impos&#233;es notamment &#224; la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Le Rapport &#171; Compl&#233;ter l'Union mon&#233;taire &#187; dit &#171; des cinq pr&#233;sidents &#187; publi&#233; en juin 2015 (pr&#233;sidents du Conseil europ&#233;en, du Parlement, de la Commission, de la BCE, et de l'Eurogroupe) offre des perspectives int&#233;ressantes. Elles ont &#233;t&#233; valid&#233;es par les Chefs d'Etats et de Gouvernements. Mais, en regardant de pr&#232;s, tous les changements envisag&#233;s restent soumis &#224; la logique intergouvernementale, la tutelle des r&#232;gles et le r&#232;gne des experts. La perspective de devoir changer les trait&#233;s semble toujours t&#233;taniser les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : Faute d'int&#233;gration politique, l'Europe s'est concentr&#233;e sur la construction d'un f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire peu d&#233;mocratique et insuffisamment protecteur des citoyens. L'emprise du lib&#233;ralisme &#233;conomique en Europe traduit bien s&#251;r la victoire id&#233;ologique de cette doctrine au niveau mondial. Mais ce n'est pas tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme offre une r&#233;ponse &#171; optimale &#187; pour la gestion d'un espace poss&#233;dant une monnaie unique mais incapable de d&#233;cider d&#233;mocratiquement des choix de ses politiques &#233;conomiques. &#192; cet &#233;gard, la doctrine ordo lib&#233;rale allemande constitue une excellente candidate. Elle d&#233;fend : la concurrence libre et non fauss&#233;e, le respect de r&#232;gles budg&#233;taires strictes et le maintien rigoureux de la stabilit&#233; mon&#233;taire. Bref, tout ce qui se retrouve explicitement dans les trait&#233;s actuels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Quels r&#244;les attendus pour la monnaie unique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A) Deux enjeux diff&#233;rents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'euro r&#233;pond &#224; deux attentes. L'une regarde la monnaie unique comme, avant tout, un vecteur d'efficience &#233;conomique venant parachever la construction du march&#233; unique. L'autre met l'accent sur le r&#244;le de l'euro comme moteur de d'int&#233;gration politique. Ces deux approches renvoient &#224; des analyses diff&#233;rentes de la monnaie. La premi&#232;re se concentre sur son r&#244;le (ses fonctions dans l'&#233;conomie), la second s'int&#233;resse &#224; sa nature (son essence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche fonctionnelle est la plus famili&#232;re aux &#233;conomistes. Elle &#233;tudie ce que fait la monnaie, c'est &#224; dire les services qu'elle rend aux agents &#233;conomiques et &#224; l'&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral. Il est admis que la monnaie a la triple fonction d'&#234;tre : unit&#233; de compte (on compte et communique gr&#226;ce &#224; l'unit&#233; mon&#233;taire) ; interm&#233;diaire des &#233;changes (la monnaie brise les inconv&#233;nients du troc) ; r&#233;serve de valeur (on &#233;pargne et on diff&#232;re les d&#233;cisions &#233;conomiques en gardant de la monnaie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne promotionnelle de l'euro qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le choix de la monnaie unique avec le trait&#233; de Maastricht s'est largement appuy&#233;e sur l'efficacit&#233; &#233;conomique de l'euro. Il devait notamment :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; R&#233;duire les co&#251;ts des transactions commerciales et financi&#232;res entre les Etats.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;v&#233;ler aux acteurs &#233;conomiques des prix libell&#233;s dans une seule monnaie et, par cons&#233;quent, favoriser la concurrence.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Faire dispara&#238;tre les crises de change.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Promouvoir l'euro comme la grand rival du dollar.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'euro allait automatiquement entra&#238;ner une forme d'union politique &#233;tait &#233;galement dans l'air. Mais cette logique s'est enray&#233;e imm&#233;diatement. Il faut dire que beaucoup de d&#233;cideurs &#233;conomiques et politiques se contentent ais&#233;ment d'un euro vecteur du bon fonctionnement du march&#233; unique. L'approche essentialiste voit dans la monnaie une institution sociale et politique fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de la monnaie est non seulement inh&#233;rente aux rapports marchands, mais elle d&#233;limite, en m&#234;me temps, un espace de souverainet&#233; politique et de reconnaissance collective autour d'un symbole. Partager la m&#234;me monnaie affirme un consensus social et une identit&#233; commune. La monnaie et la banque centrale s'analysent alors comme des biens communs fondateurs d'un contrat social et politique. L'histoire de l'antiquit&#233; tend d'ailleurs &#224; nous enseigner que la pr&#233;sence d'une monnaie fut d'abord l'expression d'un pouvoir politique avant d'&#234;tre un instrument d'efficience &#233;conomique. L'histoire r&#233;cente montre la concordance entre l'int&#233;gration politique et l'adoption d'une monnaie unique &#224; travers trois exemples : La cr&#233;ation du Mark allemand en 1875, de la Lire italienne en 1926 et l'adoption du Mark sur tout le territoire allemand apr&#232;s la r&#233;unification d'octobre 1990. Cr&#233;er une monnaie unique sans union politique est donc a priori une gageure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B) Monnaie et politique mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, surtout depuis Keynes, la monnaie n'est pas neutre. Pr&#233;cis&#233;ment, la politique mon&#233;taire et la politique de change sont deux instruments majeurs &#224; la disposition des autorit&#233;s politiques afin d'agir sur l'&#233;conomie. Mais une monnaie unique implique une seule politique mon&#233;taire et une seule politique de change sur l'ensemble de l'espace o&#249; celle-ci a cours l&#233;gal. En principe, cette question se r&#233;sout d'elle m&#234;me &#224; travers la pr&#233;sence d'un pouvoir politique unique. Or la zone euro n'est pas un espace politique &#224; part enti&#232;re. Il s'agit donc de faire coexister une monnaie unique partag&#233;e par plusieurs Etats souverains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution &#224; ce probl&#232;me est inscrite dans les trait&#233;s &#224; travers deux dispositions cl&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;, La cr&#233;ation d'une banque centrale (la BCE) totalement ind&#233;pendante des pouvoirs politiques nationaux et communautaires. D'o&#249; la perte de souverainet&#233; mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;, L'obligation impos&#233;e &#224; la BCE de se concentrer sur le seul objectif de la stabilit&#233; des prix. Cet objectif, largement consensuel, &#233;vite la d&#233;licate question des arbitrages politique entre les cibles &#224; atteindre (par exemple faut-il soutenir la conjoncture ou plut&#244;t combattre l'inflation ?). D'o&#249; la perte d'un instrument de la politique macro&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, avec les trait&#233;s actuels, la politique mon&#233;taire sort de la comp&#233;tence des gouvernements nationaux et reste en dehors de la comp&#233;tence de l'Union. Rappelons ici que la Banque f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine (la Fed), bien qu'ind&#233;pendante, veille &#224; la fois sur l'inflation et la croissance. Elle fait donc de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche suivie par les trait&#233;s r&#233;v&#232;le, en creux, un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour une analyse essentialiste de la monnaie. L'euro est en effet cantonn&#233; &#224; consolider le fonctionnent du march&#233; unique. Il n'est pas l&#224; pour contribuer ouvertement &#224; faire soci&#233;t&#233; au niveau europ&#233;en. Son r&#244;le f&#233;d&#233;rateur au sein du corps social et politique est de facto n&#233;glig&#233;. Sauf &#224; accepter que nous nous f&#233;d&#233;rions tous autour du seul objectif de stabilit&#233; des prix, ce qui serait un enjeu collectif un peu d&#233;cevant face aux espoirs mis dans la construction europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En coh&#233;rence avec les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;dents, la BCE n'a pas pour mission de conduire une politique de change au nom de la zone euro, except&#233; le cas o&#249; l'&#233;volution du taux de change de l'euro ferait peser un risque av&#233;r&#233; d'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons qu'&#224; la question : Que faire avec les politiques budg&#233;taires nationales lorsqu'on partage la m&#234;me monnaie et que l'on souhaite pr&#233;server les souverainet&#233;s budg&#233;taires nationales ? Les trait&#233;s apportent des r&#233;ponses en droite ligne des analyses pr&#233;c&#233;dentes, &#224; savoir : Une surveillance multilat&#233;rale des politiques &#233;conomiques des Etats membres avec, en particulier, un encadrement des budgets nationaux par le Pacte de stabilit&#233; et de croissance (les chiffres tot&#233;miques de 3% pour le d&#233;ficit et de 60% pour la dette).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, une monnaie unique accept&#233;e par des Etats qui refusent un gouvernement politique unique implique, au minimum, l'acceptation d'une surveillance rigide. D'o&#249; le paradoxe suivant : En voulant pr&#233;server leurs souverainet&#233;s, les Etats membres se dessaisissent d'une partie d&#233;terminante de leurs pouvoirs &#233;conomiques, sans pour autant le transf&#233;rer &#224; l'Union. Ces Etats pr&#233;f&#232;rent s'imposer &#224; eux m&#234;mes des r&#232;gles &#224; travers des trait&#233;s. C'est ce que nous nommons le f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Les crit&#232;res &#224; remplir pour une monnaie unique : une entreprise exigeante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;tait-il rationnel et raisonnable de s'engager dans une monnaie unique ? La r&#233;ponse passe par des consid&#233;rations techniques. D'abord, voir &#224; quoi sert un taux de change. Ensuite, rechercher les conditions &#224; remplir pour justifier la pr&#233;sence d'une monnaie unique sur un espace donn&#233;. Mais nous verrons que finalement il appartient &#224; la politique de surplomber ces d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A) &#192; quoi sert un taux de change ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; une monnaie unique implique la disparition d'une variable d'ajustement essentielle dans la vie d'une &#233;conomie : le taux de change. Pr&#233;cisons cela. Mis &#224; part ses fluctuations quotidiennes li&#233;es aux &#233;changes commerciaux et financiers du moment, un taux de change ajuste les &#233;carts (ou les diff&#233;rences) fondamentales qui existent entre deux &#233;conomies. Il est admis que si deux &#233;conomies A et B (avec les monnaies A et B) ont des taux d'inflation ou des taux d'int&#233;r&#234;t diff&#233;rents, alors le taux de change entre A et B sera affect&#233; et tendra &#224; compenser les &#233;carts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est important de voir que l'inflation et les taux d'int&#233;r&#234;t en A et B d&#233;pendent en r&#233;alit&#233; des principales propri&#233;t&#233;s de leurs &#233;conomie respectives, c'est &#224; dire : des m&#233;canismes de formation des prix, des syst&#232;mes fiscaux et de protection sociale, de la productivit&#233; du travail, des relations salari&#233;s-entreprises, du degr&#233; de d&#233;pendance vis &#224; vis de l'ext&#233;rieur, des caract&#233;ristiques du syst&#232;me bancaire et financier, du niveau de ch&#244;mage, du r&#244;le de l'Etat, de la croissance, de la situation des finances publiques, du degr&#233; de confiance dans l'&#233;conomie &#224; la fois pour le court et long terme. Toutes ces donn&#233;es structurelles et conjoncturelles dessinent les caract&#233;ristiques des &#233;conomies A et B. En rappelant avec insistance qu'elles sont nombreuses et vari&#233;es nous souhaitons insister sur les difficult&#233;s &#224; obtenir des &#233;conomies vraiment homog&#232;nes. Ceci dit, nous sommes d&#233;sormais face au principe suivant : Des &#233;conomies h&#233;t&#233;rog&#232;nes g&#233;n&#232;rent des &#233;volutions divergentes des prix et des taux d'int&#233;r&#234;t. D'o&#249;, le besoin du taux de change pour assurer les ajustements : Aussi longtemps que les &#233;conomies sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes, il faudrait pouvoir recourir aux taux de change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que le taux de change est &#233;galement utile lorsqu'une &#233;conomie subit un choc qui lui fait perdre sa comp&#233;titivit&#233; internationale (on parle alors de choc asym&#233;trique). Dans ce cas la &#171; manipulation &#187; du taux de change (la d&#233;valuation) peut servir &#224; contrecarrer les effets n&#233;gatifs de ce choc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, en suivant strictement les analyses pr&#233;c&#233;dentes, seules deux &#233;conomies parfaitement semblables (ou homog&#232;nes) devraient accepter une monnaie unique. Encore qu'il ne s'agisse l&#224; que d'une condition n&#233;cessaire, mais pas suffisante. Pour &#234;tre complet, il faut &#233;galement s'assurer que ces deux Etats ont les m&#234;mes pr&#233;f&#233;rences politiques et les m&#234;mes objectifs &#233;conomiques. Accepter &#224; la lettre toutes ces observations ferait de la cr&#233;ation d'une monnaie unique une entreprise en th&#233;orie impossible et, au mieux, tr&#232;s hasardeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B) Des choix minimalistes pour l'acc&#232;s &#224; la zone euro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s europ&#233;ens (&#224; partir du trait&#233; de Maastricht sign&#233; en 1992) n'ont pas pris toutes les pr&#233;cautions th&#233;oriquement requises. Ils ont choisi d'appr&#233;cier le degr&#233; d'homog&#233;n&#233;it&#233; minimum des &#233;conomies gr&#226;ce &#224; la mesure de quatre crit&#232;res de convergence : les taux d'inflation, les taux d'int&#233;r&#234;t, la stabilit&#233; du taux de change pendant les deux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la cr&#233;ation de l'euro et l'&#233;tat des finances publiques avec les fameux 3% et 60%. Ajoutons que les trait&#233;s pr&#233;voient &#233;galement de coordonner les politiques &#233;conomiques gr&#226;ce &#224; une surveillance multilat&#233;rale. Mais, en d&#233;finitive, les m&#233;canismes mis en place repr&#233;sentent un timide r&#232;glement de copropri&#233;t&#233; de la monnaie unique. Ils sont clairement insuffisants pour mener fermement vers une vraie convergence des &#233;conomies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes nos observations critiques, l'histoire semble avoir donn&#233; raison aux trait&#233;s. L'euro est l&#224; depuis 1999 et la crise qui a secou&#233; la zone ne l'a pas faite &#233;clater. Donc acte ! Sauf que les cinq remarques introductives nous apostrophent sur les limites et les fragilit&#233;s de la construction mon&#233;taire europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C) Un n&#233;cessaire rappel &#224; la r&#233;alit&#233; : les crit&#232;res d'une zone mon&#233;taire optimale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de taux de change tend &#224; dispara&#238;tre lorsque les &#233;conomies convergent. Soit. Mais un autre probl&#232;me, corr&#233;l&#233; avec le pr&#233;c&#233;dent, doit &#234;tre soulev&#233; : Existent-ils des m&#233;canismes &#233;conomiques qui pourraient se substituer aux taux de change ? La pr&#233;sence de tels m&#233;canismes permettrait alors de se passer d'eux, et on pourrait adopter une monnaie unique. Les approches en terme de zone mon&#233;taire optimale (ZMO) nous &#233;clairent sur ce sujet. Une zone mon&#233;taire est qualifi&#233;e d'optimale s'il s'av&#232;re rationnel d'y utiliser une seule monnaie. Pour cela, des conditions particuli&#232;res doivent &#234;tre remplies. On les appelle les crit&#232;res d'une ZMO. Ils repr&#233;sentent les principaux moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour remplacer les taux de change :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La mobilit&#233; du travail (les ch&#244;meurs peuvent se d&#233;placer vers l'&#233;conomie o&#249; il y a des emplois) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La flexibilit&#233; des prix et des salaires (pour maintenir les &#233;conomies sur un pied d'&#233;galit&#233; en mati&#232;re de comp&#233;titivit&#233;) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'int&#233;gration fiscale et sociale (pour &#233;viter les concurrences fiscales et sociales et surtout pour instaurer des m&#233;canismes de transferts automatiques entre les &#233;conomies qui affichent des performances diff&#233;rentes) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'int&#233;gration financi&#232;re (les cr&#233;ances et les dettes doivent circuler librement entre les &#233;conomies exc&#233;dentaires et d&#233;ficitaires) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;conomies doivent &#234;tre r&#233;solument ouvertes (en s'interp&#233;n&#233;trant les &#233;conomies tendent &#224; avoir les m&#234;mes taux d'inflation et &#224; pr&#233;senter des performances semblables) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;conomies doivent &#234;tre diversifi&#233;es (elles ont alors plus de chances de se ressembler que des &#233;conomies tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;es) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;conomies doivent montrer les m&#234;mes pr&#233;f&#233;rences en mati&#232;re d'objectifs des politiques &#233;conomiques (des politiques divergentes entretiennent l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;conomies).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;conomies doivent avoir des structures telles qu'une politique &#233;conomique unique aura les m&#234;mes impacts sur l'ensemble de la zone (dans le cas inverse la politique pourrait avoir des effets contradictoires au sein d'un m&#234;me espace &#233;conomique et entretiendrait l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; de ces crit&#232;res appellent deux remarques conclusives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;, Certains crit&#232;res &#233;voqu&#233;s ci-dessus poseront des probl&#232;mes ardus aussi longtemps qu'une souverainet&#233; supranationale sera refus&#233;e &#224; la zone euro. Par exemple, obliger un Etat &#224; regagner de la comp&#233;titivit&#233; par une baisse impos&#233;e des salaires et des prestations sociales a des effets d&#233;l&#233;t&#232;res. Il suffit ici de penser aux politiques impos&#233;es &#224; la Gr&#232;ce pour rester dans l'euro (techniquement, on dit qu'une d&#233;valuation interne remplace la d&#233;valuation externe de la monnaie nationale). Or le probl&#232;me de la d&#233;valuation interne dispara&#238;t, en tant que tel, dans une &#233;conomie unifi&#233;e. De m&#234;me, les r&#233;ticences &#224; instaurer des m&#233;canismes tr&#232;s visibles de solidarit&#233; financi&#232;re entre des Etats souverains sont connues et forment un obstacle aux progr&#232;s de l'int&#233;gration. Or ces transferts sont accept&#233;s lorsqu'ils fonctionnent spontan&#233;ment &#224; travers les budgets et les syst&#232;mes sociaux g&#233;r&#233;s par une union politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;, Tous ces crit&#232;res transcrivent la relation intime qui se tisse automatiquement entre la construction d'un Etat souverain, la cr&#233;ation d'une zone mon&#233;taire optimale et le processus d'homog&#233;n&#233;isation de l'&#233;conomie concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons. Rassembler l'ensemble des crit&#232;res d'une ZMO dans un espace o&#249; les Etats s'arc-boutent sur leurs souverainet&#233;s nationales repr&#233;sente une mission d&#233;licate et vou&#233;e &#224; des revers. Convaincus des bienfaits de l'euro, les dispositions inscrites dans les trait&#233;s actuels ont &#233;lud&#233; ses difficult&#233;s. Les identifier sans d&#233;tours contribue &#224; expliquer la fragilit&#233; &#233;conomique et politique de la construction mon&#233;taire actuelle. Finalement, les trait&#233;s ont mis en place une zone mon&#233;taire, pour ainsi dire, &#171; sous-optimale &#187;. En revanche, construire une f&#233;d&#233;ration politique pour la zone euro revient &#224; reconna&#238;tre l'imp&#233;ratif d'homog&#233;n&#233;it&#233; et, par cons&#233;quent, &#224; installer une ZMO &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Conclusion : De l'&#233;conomie &#224; la politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux th&#232;mes abord&#233;s dans cette note : le r&#244;le de la monnaie et les conditions &#224; remplir pour cr&#233;er une monnaie unique appellent bien entendu des r&#233;flexions th&#233;oriques. Mais le regard des &#233;conomistes ne suffit pas. La vision politique doit pr&#233;valoir. En amont de l'approche fonctionnelle se trouve l'approche essentialiste. Elle pointe les fonctions sociales et int&#233;gratives de la monnaie. De m&#234;me, les crit&#232;res &#224; satisfaire pour former une zone mon&#233;taire optimale reviennent &#224; mettre en place les principaux &#233;l&#233;ments fondateurs d'une union politique. Une conclusion en d&#233;coule. L'avenir de l'euro passe par l'acceptation d'une Europe &#224; plusieurs vitesses (ou plusieurs cercles). Pr&#233;cis&#233;ment, le maintien d'une construction bancale qui s'obstine &#224; refuser les transferts de souverainet&#233; indispensables au bon fonctionnement de la zone euro produit de l'inefficacit&#233; &#233;conomique, de la frustration sociale et un manque de d&#233;mocratie. Les Europ&#233;ens sont en droit d'attendre mieux, rapidement. Il est grand temps de les solliciter &#224; d&#233;battre sur ces th&#232;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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