La raison au secours des migrants

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Jean-Guy Giraud

La raison au secours des migrants

Le drame de la crise migratoire - qui tourne au conflit politique interne au sein de l’UE - est accentué par une certaine confusion dans les concepts et les terminologies.

Il conviendrait en effet de mieux distinguer - pour mieux les traiter - deux phénomènes distincts :

  • celui des réfugiés “politiques” (“forcibly displaced people" dans la terminologie du UNHCR),
  • celui des réfugiés “économiques” (personnes recherchant de meilleures conditions de vie).

Les réfugiés politiques

À la veille de la journée mondiales des “réfugiés” (20/04/18), le UNHCR publie son rapport annuel sur les “forced displacements” [1] dont le nombre total est évalué à 68,5 millions de personnes - dont une majorité (40 millions) ont été déplacées à l’intérieur même de leur propre pays. Le nombre des réfugiés hors de leur pays est de 25,4 millions (dont 5,4 millions ayant quitté... la Palestine).

Notons d’autre part que :

  • 85% du total des réfugiés (internes et externes) se trouvent déplacés dans des pays "en voie de développement” .
  • la Turquie (3,5 millions) et l’Allemagne (1 million) accueilleraient la majorité des réfugiés externes [2].

Tout ceci pour tenter de relativiser - au moins sur le sujet des “réfugiés politiques” - la situation actuelle sur le continent européen.

Les réfugiés économiques

Pour les "réfugiés économiques” - non pris en compte par le rapport du UNHCR - les données chiffrées sont différentes et certains pays de l’UE sont effectivement plus concernés, notamment pour des raisons géographiques ou historiques.

Mais, surtout, la nature même de ces migrations permet d’envisager une gamme de mesures plus large : stabilisation de la situation économique dans les pays d’origine (notamment africains) - formation et insertion professionnelle (en principe temporaire) d’une partie des migrants en fonction des besoins ou des capacités des pays d’accueil - limitation des déplacements (ou “regroupements”) de familles entières - facilitation et sécurisation des transferts de revenus des migrants vers leurs familles - etc.

Toutes mesures qui font déjà l’objet de propositions de la Commission - ou sont même déjà en vigueur.

Un problème gérable s’il est traité objectivement

On voit donc, au total, que ce phénomène migratoire mondial affecte certes l’Europe mais de façon finalement plutôt collatérale et marginale par rapport à d’autres continents. Les traditions et obligations humanitaires de l’UE lui imposent cependant de les traiter en déployant tous les moyens disponibles. Et ce traitement ne peut s’effectuer que de façon coordonnée et avec une juste répartition des charges.

Il serait regrettable - et pour tout dire complètement injustifié, irresponsable et absurde - que la question migratoire provoque une crise politique généralisée au sein de l’UE.

L’opinion publique est légitimement secouée par les images navrantes de milliers de boat-people à la dérive. Le premier devoir des responsables politiques est donc de s’accorder sans tarder sur les mesures à prendre tant dans l’urgence que sur le moyen terme.

Si une minorité d’États membres voulait instrumentaliser ce drame à des fins de politique intérieure, la volonté majoritaire au sein du Conseil comme du Parlement devrait s’exercer avec détermination et sans faiblesse, sous la conduite de la Commission.

Ce drame ne se prête pas à des considérations et prises de position de caractère idéologique ou identitaire. Ce serait - au vu d’une mesure objective des faits - une attitude déraisonnable. Ce serait - envers les personne concernées - un refus grossier d’assistance à personnes en danger.

Jean-Guy Giraud 19 - 06 - 2018

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