Élections européennes : tentative de détournement du débat

Avertissement : les tribunes sont des contributions individuelles de sympathisants du mouvement au débat et ne reflètent pas nécessairement les positions de celui-ci.

, par Valéry-Xavier Lentz

Élections européennes : tentative de détournement du débat

Les Européens voteront les 23-26 mai prochain pour élire un nouveau Parlement européen. Nos députés devront y voter les lois européennes, proposer les nécessaires réformes pour l’Union européenne, et valider le choix du président de la Commission européenne. Pourtant des tactiques politiciennes tentent de détourner l’attention du peuple de ces enjeux.

Les citoyens de l’Union européenne élisent tous les cinq ans au suffrage universel direct ceux qui les représentent dans les institutions européennes, en siégeant au Parlement européen, dont le siège est à Strasbourg. Nos députés ont des missions essentielles :

  • ils adoptent les lois européennes. Directives et règlements doivent impérativement être adoptées par nos élus pour entrer en vigueur. Ils peuvent proposer des amendements pour les réorienter. Les députés européens peuvent aussi adopter des résolutions pour demander à la Commission européenne de prendre l’initiative de nouvelles lois.
  • ils adoptent le budget de l’Union européenne. Bien que largement insuffisant pour répondre aux attentes du peuple européen et dépourvu de ressources propres, le budget de l’Union européenne est un instrument au service des politiques publiques communes qui bénéficient aux Européens. Nos élus doivent l’approuver et exiger s’ils l’estiment utile qu’il soit modifié.
  • ils contrôlent la Commission européenne, dont le siège est à Bruxelles : nos députés peuvent censurer la Commission européenne, ou la contraindre à la démission en menaçant de le faire comme ça c’est déjà produit. La nomination des membres de la Commission est soumise à leur approbation. Les députés auditionnent les personnalités proposées pour vérifier leurs compétences, leur probité, et qu’ils respectent les valeurs européennes. Il est rare que tous les impétrants en sortent indemnes. Cette procédure exemplaire n’existe pas en France où les élus n’ont aucun droit de regard sur les membres du gouvernement.

Enfin, depuis l’élection européenne de 2014 et grâce aux progrès démocratiques inscrits dans la dernière révision des traités [1], qui font office de loi fondamentale de l’Union européenne, les membres du Parlement européen ont un rôle décisif dans le choix du président de la Commission européenne. Les partis européens désignent chacun un candidat à la présidence de la Commission européenne. Ces candidats “tête de file” - parfois appelés spitzenkandidaten - animent et conduisent la campagne de leur formation à travers l’Union européenne sur la base d’un manifeste adopté par les partis de tous les États membres appartenant à la même famille politique. Plusieurs débats télévisés entre les candidats à la présidence de la Commission européenne leur ont permis en 2014 de confronter leurs visions devant les téléspectateurs. Comme dans la plupart des grandes démocraties, c’est au parti arrivé en tête de l’élection de tenter de regrouper une majorité permettant de voir son candidat devenir président de la Commission européenne, sous réserve que le Conseil européen joue le jeu démocratique.

La tentative de détournement de l’élection

Dans ce contexte la campagne pour l’élection du Parlement européen de 2019 devrait être un grand moment de débat sur les enjeux européens et de confrontation des projets des candidats notamment à la présidence de la Commission européenne. Pourtant les leaders de plusieurs formations politiques tentent un hold-up électoral en détournant le regard du public de ces questions essentielles pour les ramener à des questions hors-sujet centrées sur la seule politique intérieure française ou des enjeux de politique politicienne.

Ainsi on a pu surprendre Jean-Luc Mélenchon en flagrant délit de détournement d’un vote démocratique en trompant les électeurs sur les enjeux. Il a ainsi déclaré, samedi 25 août 2018 à Marseille : « Nous allons faire de cette élection un référendum anti-Macron. Nous allons inciter les Français à lui mettre une raclée démocratique ». Naturellement, les élus au Parlement européen n’auront pas la compétence de se prononcer et d’influer sur la politique de Macron en France.

Les extrémistes ne sont pas seuls à tenter de court-circuiter ce scrutin sur des voies de traverse en espérant tirer un profit électoral de leur tromperie. On entend des responsables de la formation majoritaire en France, LREM, se livrer à une manoeuvre similaire. Richard Ferrand, président du groupe La République en Marche, a affirmé sans honte que le 26 août : “Les Françaises et les Français ont le choix entre l’Europe que porte le président Emmanuel Macron et l’Europe d’Orban, Salvini et compagnie”. Cet individu oublie donc d’une part que tous les Européens vont voter, et pas uniquement les Français, et il tente d’autre part de réduire l’alternative à la vision de sa formation est à celle des néo-fascistes. Cette tentative grossière de faire du scrutin un vote “pour ou contre l’Europe”, sans trop nous dire laquelle, se fonde sur l’espoir que si l’enjeu est compris ainsi, il pourra bénéficier de l’attrait toujours bien vivace des citoyens pour l’idée européenne, alors même qu’ils ont de nombreuses raisons de se montrer déçu du manque d’ambition et de moyens que les gouvernements assignent à nos institutions communes, refusant ainsi de permettre à l’Union d’agir pour apporter satisfaction aux attentes du peuple européen.

On comprend bien la motivation de cette formation à cacher les enjeux de l’élection : LREM ne s’insère pour le moment dans aucun parti européen susceptible de remporter l’élection et ne pèsera donc peu a priori dans le choix du candidat tête de file. La manoeuvre est donc d’occulter cet enjeu pour disposer de plus de marge de manoeuvre et pouvoir tenter de ne pas prendre en compte le vote des citoyens européens et d’imposer un président à la Commission européenne qui n’aurait pas été soumis en amont au vote des électeurs… le tout en prétextant défendre le projet européen alors qu’une telle démarche est toxique (lire notre communiqué : L’UEF-France condamne les velléités du Conseil européen d’ignorer le vote des Européens).

Il s’avère donc essentiel que les observateurs, commentateurs et militants ne tombent pas dans le panneau des oeillères franco-françaises et du faux débat insipide pour interpeller et questionner inlassablement et impitoyablement les candidats sur les enjeux de l’élection :

  • quel est votre candidat à la présidence de la Commission européenne ?
  • avec quel groupe parlementaire européen siègerez-vous ?
  • quel est le programme de votre famille politique européenne sur les orientations des politiques publiques à mener au niveau de l’Union ?
  • quelles sont les réformes que vous proposez pour donner à l’Europe les moyens politiques, institutionnels et financiers pour répondre aux attentes des citoyens européens ?

Pour jouer le jeu démocratique, les formations politiques doivent annoncer clairement en amont du vote leurs intentions sur ces questions, et non pas entretenir le flou. À nous d’exiger des réponses.

P.-S.

Illustration : Jean-Luc Mélenchon (GUE/NGL, FR) le 12/05/2016 - Photo de Fred MARVAUX © European Union 2016 - Source : EP - EP-036287C

Merci à Noé et Pierre pour leurs commentaires surcette tribune.

Notes

[1L’article 17 TUE, al. 7, indique : « En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d’un mois, un nouveau candidat, qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure. »

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