Décès de John Pinder, ancien président de l’UEF

, par Lucio Levi

Le 7 mars 2015, John Pinder est décédé, le plus illustre des fédéralistes anglais, le continuateur de la prestigieuse école fédéraliste britannique, qui au cours des années trente du siècle passé, a jeté les bases théoriques du fédéralisme européen du second après-guerre.

Pinder a raconté que sa rencontre avec le fédéralisme date de 1950, l’année durant laquelle a été fondée la première Communauté européenne, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), mais également l’année pendant laquelle il a été hospitalisé en sanatorium étant atteint de la tuberculose, au retour de son service militaire en Afrique. Il a décrit cette circonstance comme une occasion pour se consacrer à la lecture. L’ouvrage qui lui a révélé le fédéralisme comme véhicule de paix en Europe et dans le monde a été The Price of Peace de William Beveridge, l’une des figures marquantes du mouvement fédéraliste britannique, Federal Union (1938-1940), parmi lesquelles il convient de rappeler Lionel Robbins, Lord Lothian, Barbara Wootton et Lionel Curtis.

Federal Union représente une borne millière dans l’histoire du fédéralisme ; le premier exemple d’un mouvement composé de militants capables d’exercer une influence sur la classe politique et sur l’opinion publique mais aussi organisé territorialement avec des sections locales (en 1940 il en existait 253) et une publication de diffusion nationale. Ce mouvement a influencé la proposition d’union entre la Grande-Bretagne et la France basée sur un gouvernement, un parlement et une armée communs, formulée par Winston Churchill le 16 juin 1940, alors que la France était sur le point de capituler face à l’armée hitlérienne.

Pinder a travaillé de 1952 à 1964 pour l’Economist Intelligene Unit, un institut de recherche et d’analyse lié à la revue The Economist. Chargé d’étudier la CECA, Pinder s’est rendu à Luxembourg où il a conu Jean Monnet et fréquenté Etienne Hirsch, Pierre Uri et Robert Triffin. En 1964, il est devenu Directeur de l’Institut de recherche PEP (Political and Economic Planning). Il a été le Président du Federal Trust, Président de l’UEF Europe et professeur invité au Collège de l’Europe de Bruges.

John Pinder a également publié, en collaboration avec Richard Mayne, un livre (Federal Union : The Pioneers. A History of Federal Union) sur l’histoire du mouvement fédéraliste britannique jusqu’à la 1990, dans lequel il rappelle le moment où l’influence des fédéralistes britanniques s’est imprimée avec la plus grande vigueur. À l’occasion d’un colloque organisé par le Federal Trust en 1968, John Pinder avait présenté un plan ambitieux dans lequel il demandait la convocation d’une deuxième Conférence de Messine afin de créer une Communauté politique européenne – dont le Royaume Uni aurait été membre, une fois tombé le veto français, et qui aurait oeuvré aux côtés de la CEE – dotée de compétences dans les domaines de la politique extérieure, de la sécurité, de la défense, de la monnaie et de la technologie, destinée à évoluer dans un sens fédéral après une période transitoire. Ce plan obtint le soutien de George Brown, ancien Ministre britannique des Affaires étrangères et membre du Parti travailliste.

Alors que se préparait une Déclaration anglo-italienne sur la Communauté politique européenne, le 28 avril 1969, de Gaulle démissionna, ouvrant ainsi la voie à l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté européenne. Le même jour les Ministres des affaires étrangères italien, Pietro Nenni, et britannique, Michael Stewart, souscrirent une déclaration commune, inspirée par Altiero Spinelli et soutenue par les fédéralistes britanniques, dans laquelle était demandée l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct. Ce thème allait devenir l’objectif central de la stratégie fédéraliste. Les fédéralistes britanniques s’engagèrent dans une grande campagne pour l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne, qui connut un succès spectaculaire.

Le projet de Communauté politique européenne devint le point de départ d’une réflexion théorique qui allait permettre aux fédéralistes britanniques d’élaborer une stratégie graduelle pour l’intégration européenne, combinant les approches de Monnet et de Spinelli. Comme l’a déclaré Pinder dans un discours prononcé à Milan en 1993, à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation du Movimento Federalista Europeo italien, « le fédéralisme constitutionnel de Spinelli et le fédéralisme fonctionnaliste de Monnet peuvent être considérés comme complémentaires ».

Parmi ses ouvrages, il convient de rappeler, entre autres :

  • Britain and the Common Market (1961),
  • Europe against de Gaulle (1963),
  • Europe after de Gaulle (co-auteur Roy Pryce, 1969,
  • The Economics of Europe (1971),
  • Altiero Spineli and the British Federalists - Writings by Beveridge, Robbins and Spinelli 1937-1943 (1999),
  • Foundations of Democracy in the European Union : From the Genesis of Parliamentary Democracy to the European Parliament (1999),

mais aussi, sur le plan mondial, par exemple,

  • UN Reform : Proposals for Charter Amendment, Federal Union (1953)
  • European Unity and World Order – 1945-1995.

Traduit de l’italien par Jean-Francis Billion – Lyon

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