L’Allemagne doit répondre à Macron

Contribution par trois hommes politiques européens – l’Allemagne doit répondre à Macron, parue dans tagesspiegel.de

Elmar Brok (membre du Parlement européen, CDU, et président de l’UEF), Reinhard Bütikofer (membre du Parlement européen, Verts) et Jakob Weizsäcker (membre du Parlement européen, SPD)

Faute de gouvernement fédéral, la réponse aux propositions de réforme européene du président de la République francaise doivent venir du Bundestag, disent trois membres de premier plan du Parlement européen.

Âllo ? Il y a quelqu’un à Berlin qui prend le temps pour l’Europe ? C’est la question que se posent nos partenaires européens depuis des mois et jettent un regard de plus en plus stupéfait vers la capitale fédérale.

L’élection d’Emmanuel Macron en mai avait ouvert une fenêtre d’opportunité pour s’attaquer au renouveau de l’Europe. Une ambiance d’optimisme attentif reignait, renforcé par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au mois de septembre. Il faut répondre aux questions cruciales européennes au lieu de les laisser trainer. Et pour ce faire, il faut une Allemagne capable et prête à agir au niveau européen. Le temps presse pour l’Europe. 2018 doit être l’année du renouveau européen. Sinon la fenêtre se referme. Et l’Europe ne sera pas au niveau des défis actuels et futurs. Une conséquence pourrait être une note salée présentée par des nationalistes rétro-orientés et Européens désilusionnés aux élections européennes de 2019.

Une initiative d’ampleur franco-allemande sur l’avenir de l’Europe n’est certainement pas suffisante pour l’avenir du projet européen mais elle est indispensable et urgente. Avec son discours remarquable sur l’avenir de l’Union européenne à la Sorbonne, le président Macron a pavé le chemin. Le discours mérite une réponse substantielle de Berlin, indépendamment de tout raisonnement de parti ou tactique de coalition. Et il est possible de formuler une telle répose sans attendre l’aboutissement d’une formation de gouvernement manifestement difficile voir de nouvelles élections. Le Bundestag peut donner cette réponse. Une réponse transpartisane et indépendante de questions de coalition, basée sur sa majorité importante pro-européenne, en préparant une décision de principe de politiques européennes. Laissons derrière nous la « retenue constructive » et la place à un vent nouveau.

La force des projets européens de Macron est qu’ils mettent au coeur la plus-value européenne pour les habitants de l’Europe. Nous devons renforcer les biens publics européens. Car nous enfermer au 21ème siècle dans des politiques de sécurité et de défense nationales au lieu de prospérer avec des politiques européennes veut dire moins de sécurité à coûts plus élevés. Car refuser une politique énergétique commune veut dire moins de protection du climat à coûts plus élevés. Car ne pas européaniser les partenariats de dévelopement en méditerranée et en Afrique veut dire moins de développement et plus d’instabilité politique en même temps. Une analyse équivalente vaut pour la protection des frontières extérieures, la gestion humanitaire de réfugiés, la fiscalisation de multinationales et la lutte contre l’évasion fiscale, la révolution digitale et les politiques d’innovation. Si nous ne renforcons pas l’Union économique et monétaire, elle ne sera peut-être pas assez solide pour faire face à la prochaine grande crise.

L’Europe a besoin de plus de finances propres

La vérité est aussi : Pour mettre en œuvre et mener au succès ces projets, il ne suffira pas de mieux dépenser le budget de l’UE. L’Europe aura besoin de plus d’argent. C’est pourquoi il faudra dans un premier temps utiliser les 1,23 pourcent du PIB, votés depuis plusieurs années par les parlements nationaux pour le budget de l’UE et de s’attaquer au sujet des moyens propres avec ferveur. Le budget doit permettre à l’Union européenne de gérer de manière appropriée les tâches qui lui sont attribuées. Des investissements dans l’avenir sont centraux. Ceci ne correspond pas à une charge plus grande du contribuable ou de glisser dans une union de transferts. Si nous construison des biens publics européens de manière efficace, cela va soulager les budgets nationaux. Gérer des tâches communes ensemble est avantageux pour tous.

Le succès des biens communs européens ne dépend pas uniquement d’argent. S’ils réussissent, c’est que nous ne passons plus par des blocages de véto nationaux. Nous devons oser plus de démocratie européenne. Et nous ne pouvons plus nous permettre que les règles et décisions européennes soient ignorées. L’état de droit commun doit être renforcé.

Un « ministre des finances européen » - une question de goût

La question du renforcement institutionnel et contractuelle de l’euro est une question particulièrement délicate comme les négociations de coalition entre CDU, FDP et Verts (jamaique) ont montré. Il est évident qu’une meilleure architecture pour l’euro doit davantage soulager la politique monétaire lors de crises futures. Nous souhaitons achever l’Union bancaire tout en prenant en compte un cadre particulier pour les caisses d’épargne et banques coopératives. En plus, la création d’une capacité fiscale pourrait atténuer des chocs économiques asymmétriques. Pour toutes ces raisons, le Mécanisme européen de stabilité doit être élargi à un Fonds monétaire européen pour garantir la stabilité de l’Union bancaire et améliorer la gestion de crise avec sa nouvelle légitimation démocratique. Il serait logique de fusionner les postes du chef de l’Eurogroupe et du vice-président de la commission pour la crise économique et questions monétaires et d’élargir ses compétences. Il pourrait également représenter l’UE dans des instances financières internationales comme le Fonds monétaire international. Si ceci mérite l’appellation « ministre des finances européen » est finalement une question de goût.

Quelques idées de Macron ne trouveront pas d’écho positif en Allemagne. À la suite du Brexit par exemple, nous voyons une chance pour gérer les défis de l’euro majoritairement à l’intérieur de la méthode commune. Les institutions actuelles compétentes pour l’euro comme monnaie de l’UE et l’unité institutionnelle de l’UE en général pourraient être d’une responsabilité commune. Après une campagne électorale qui a laissé de côté l’Europe, tout dépend maintenant d’une politique allemande qui nous dit enfin l’imaginaire que nous avons de l’avenir européen et du chemins que nous voyons pour celui-ci au lieu de seulement et toujours mettre en avant les lignes rouges.

Il faut qu’on parle. Entre Berlin et Paris. Avec Bruxelles. Avec tous les partenaires européens. Le temps presse.

Les auteurs sont membres du Parlement européen. Jakob von Weizsäcker représente le SPD, Elmar Brok la CDU et Reinhard Bütikofer les Verts.